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    Pourquoi Batman n'est pas un super-héros comme les autres

    27 janv. 2019 20:00

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    Après Superman en 2018, c’est au tour de Batman de fêter ses 80 ans, avec, pour bien commencer, une exposition exceptionnelle à Angoulême. Créé en 1939 par Bob Kane avec Bill Finger, l’homme chauve-souris est l’autre héros porte-étendard de DC Comics.

    S’il doit céder le titre du super-héros le plus connu du monde au « boy-scout de l’Amérique », il peut prétendre à celui de favori, avec Spider-Man de Marvel, parmi les fans comme les artistes. Trois d’entre eux, la légende du comics Frank Miller, le dessinateur et illustrateur Jock, et le scénariste Paul Dini, étaient de passage au festival de la BD d’Angoulême, et 20 Minutes les a rencontrés pour tenter de faire tomber le masque.

    Le trauma originel

    Pour Bruce Wayne, le trauma remonte à cette soirée à Gotham City, où, à la sortie d’un cinéma, il voit ses parents se faire tuer sous ses yeux. Et soudain, le vide, le noir, le même que cette grotte dans laquelle il est tombé enfant et qui abrite des centaines de chauve-souris. Une origin story maintes fois revisitée au fil des décennies et des œuvres.

    Mark Simpson, alias Jock, découvre un tout autre Batman dans les années 60 avec la série culte et kitsch : « Je voulais juste être Robin et partir à l’aventure avec Batman. Pour moi, le personnage a longtemps gardé cette image. Avant que je ne découvre les comics Killing Joke, The Dark Knight Returns et Batman : Year One. Il pouvait donc être à la fois Adam West en collants et le Chevalier Noir de Frank Miller. Ils sont tous Batman. »

    La rencontre de Frank Miller avec le justicier masqué tient elle aussi du choc : « J’avais cinq ans, mon père m’a ramené d’un de ces voyages de boulot une réédition d’un comics de 80 pages sur Batman. L’histoire était super, il aidait un homme condamné à la peine de mort qui clamait son innocence, mais découvrait à la fin qu’il était bien coupable. Je n’en croyais pas mes yeux. »

    Ni super, ni héros

    « Je l’adore, parce que c’est le seul super-héros qui n’a pas de pouvoirs, rappelait un jeune fan, Maxence, fan lors de l’inauguration de l’expo des 80 ans à Angoulême. Batman est en effet un des rares super-héros humains, sans origines extraterrestres ou mutantes, ni pouvoirs magiques ou scientifiques. « Voilà peut-être pourquoi on se sent si proche de lui, commente Jock. Nous pouvons imaginer de toutes nos forces ou dans nos rêves être Superman, voler dans les airs, mais cela n’arrivera jamais. Alors que devenir Batman, dans l’idée, c’est possible. »

    Paul Dini, auteur sur le célèbre dessin animé des années 90, renchérit : « Si nous avions ses moyens et son argent, nous pourrions tous jouer les super-héros. C’est ce que l’on se dit. Sauf que, moi, je sais faire des pancakes, pas faire des pompes et tractions toute la journée, ou trouver des remèdes aux formules de Poison Ivy. Batman, et en fait Bruce Wayne, a une telle intelligence, volonté, courage… Voilà ces super-pouvoirs. Il est donc la possibilité d’une réalité, c’est une belle croyance. »

    Frank Miller a une autre explication à son succès : « Je pourrais vous donner plein de raisons complexes, on me pose la question depuis si longtemps. Mais je pense que c’est parce qu’il est…. cool ! Il est beau, riche, balèze, borderline, effrayant, ça suffit non ? »

    Dessine-moi un Batman

    Pour l’auteur-dessinateur du monument The Dark Knight Returns, Batman est ainsi un plaisir à dessiner : « C’est absolument magique, il est ouvert à tous les univers, tous les possibles. C’est ce qui est passionnant avec le comics en général, et Batman en particulier, les dessinateurs peuvent expérimenter. J’aime personnellement le look avec les petites oreilles et la mâchoire carrée, mais toutes les approches se valent et se complètent. »

    Découvert par son travail sur Judge Dredd et The Losers, Jock s’est fait aussi fait une réputation comme cover artist, et collabore avec le scénariste Scott Snyder sur Batman : Detective Comics, All-Star Batman et aujourd’hui The Batman Who Laughs. Il le trouve facile à dessiner, « il suffit d’un trait, d’un tracé et il est là. Pour d’autres personnages, tu dois les présenter d’une certaine manière, en action, mais Batman est tellement iconique. Il est comme une huile noire qui peut tout prendre, avaler, et reste imperturbable. Sa figure est importante, mais ce sont vraiment les histoires qui le définissent, comment les artistes s’en emparent. »

    Meilleur est le méchant

    De ce point de vue, les méchants sont aussi importants que le héros dans l’univers Batman, à l’instar des films de Tim Burton ou de la trilogie de Christopher Nolan. Selon Jock, ils sont les différentes faces d’une même pièce, de la pièce Batman. Paul Dini en sait quelque chose : il a écrit plusieurs dizaines d’épisodes de Batman, la série animée, ainsi que les jeux vidéo Arkham Asylum et Arkham City, où les vilains ont le beau rôle.

     « Beau », car le scénariste y mettait du coeur et n’oubliait jamais qu’ils étaient des êtres humains : « Ils sont tous frappés, comme Bruce Wayne, du sceau de la tragédie, un mélange de de perte, de deuil, d’injustice. La différence est que lui a réussi à revenir des ténèbres, à se transformer en quelque chose de plus fort, voire un idéal, alors qu’eux ont abandonné, se sont laissés submerger par la souffrance, la haine, le mal. » On lui doit ainsi la création de Harley Quinn, devenue très populaire, mais pas seulement.

    Une affaire personnelle

    En 1993, Paul Dini est agressé par deux hommes à Los Angeles. « La série animée venait de commencer, j’adorais mon travail et mes collègues, mais je menais une vie solitaire, raconte-t-il encore sous l’émotion, vingt-cinq ans après. Ma maison était remplie de jouets, de comics, d’art works, je vivais un fantasme de geek, dans mon royaume, dans ma bulle. Une bulle qui a éclaté cette nuit et qui m’a laissé face à ma solitude. Il y avait des images de Batman partout, mais où était Batman ? Qui allait arrêter mes agresseurs, rendre la justice ? Tout le monde traverse des tragédies, Geoff Johns a ainsi créé Stargirl en hommage à sa soeur décédée dans un accident d’avion. Moi, j’ai longtemps eu de la colère contre mes agresseurs, avant de comprendre que je n’aurais jamais de justice ou de revanche, que ce n’était pas leur histoire, mais la mienne. C’est là que j’ai entendu la voix, que j’ai entendu Batman me dire : "Relève-toi !" »

    Sorti en 2016, ce récit, Dark Knight : Une histoire vraie, est unique en son genre, et bouleversant à bien des égards. Il renseigne sur le super-pouvoir évocateur de Batman, reflet d’une époque et d’un auteur. Frank Miller ressort son Chevalier Noir dès que « le monde devient trop débile », comme sous Reagan dans les années 80 et aujourd’hui avec Trump.

    Quand on lui demande quel autre super-héros il aimerait dessiner, Jock répond aucun : « Je ne veux raconter que des histoires de Batman, à travers Batman, et je réfléchis actuellement à dessiner ET écrire ma propre histoire. » Il y aura toujours quelqu’un derrière le masque, et le crayon.

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