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  • Daenerys et Sansa : un cliché persistant sur les femmes

    Daenerys et Sansa

    Daenerys et Sansa : un cliché persistant sur les femmes

    17 avril 2019 23:00

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    C’était l’une des rencontres attendues de la huitième et ultime saison de “Game of Thrones”. D’un côté, Sansa Stark, Lady of Winterfell. De l’autre, Daenerys Targaryen, première du nom, Reine de Meereen, Reine des Andals, de Rhoynar et des Premiers hommes, Suzeraine des Sept Couronnes... et ainsi de suite jusqu’à Mère des Dragons.

    Deux des plus puissantes femmes de Westeros (on n’oublie pas Cersei) se découvrent enfin dans le froid de Winterfell. Sansa est à la maison et cela se sent dans son regard dont le sentiment de supériorité en dit long. En face d’elle, Daenerys, qui en général n’a pas froid aux yeux, se retrouve à lui faire des courbettes et la complimente sur son apparence. Il faut dire que pour la Mère des Dragons, l’enjeu est double: elle doit non seulement s’imposer en tant que Reine... mais aussi en tant que belle-sœur. Depuis la fin de la saison 7 en effet, Jon Snow et elle fricotent sans savoir qu’ils sont neveu et tante.

    Ce qui aurait pu être la rencontre entre deux femmes de pouvoir semble ainsi aux premiers abords se transformer en simple présentation familiale. Sansa Stark se méfie de la nouvelle venue dans la famille. Daenerys essaye de faire bonne impression. Et à travers leurs regards, on comprend très vite que ce n’est pas gagné..

    “Arrêtez de monter les femmes les unes contre les autres”

    On sent aussi que l’une comme l’autre veulent gagner le concours de qui sera la plus puissante à la fin. Mais au-delà de cet enjeu et comme le souligne le site Refinery29, certains internautes trouvent cette rivalité entre les deux femmes un peu trop simple et convenue.

    “Ce truc entre Sansa et Daenerys est tellement peu imaginatif et très clairement l’idée que s’en font les hommes”, écrit sur Twitter une journaliste de BuzzFeed.

    On entend souvent dire de deux femmes qu’elles se “crêpent le chignon”, se “tirent dans les pattes” ou ne se “font pas de cadeaux”. Qu’entre elles, ce sont des “vipères” et que par nature, elles ne peuvent pas être solidaires.

    La rivalité féminine a souvent alimenté les productions culturelles, qu’il s’agisse de romans, de films ou de séries. Pensez par exemple aux vilaines belles-sœurs de “Cendrillon”, aux “Desperate Housewives” ou encore à la diabolique Meryl Streep du “Diable s’habille en Prada”. Cette rivalité a également toujours suscité, dans la réalité, beaucoup d’attention.

    “Pourquoi continuons-nous à glorifier la rivalité féminine?”, s’interroge le site américain Marie Claire. Le site donne notamment deux exemples de rivalités ayant alimenté les médias pendant des années, celles entre Jennifer Aniston et Angelina Jolie, et entre Taylor Swift et Kim Kardashian.

    Intériorisation de la domination masculine

    Interrogée par Marie Claire, la psychologue Noosha Anzab met en avant une théorie de la psychologie de l’évolution, selon laquelle les femmes, au fil des siècles, ont dû, pour faire simple, entrer en compétition l’une contre l’autre pour plaire aux hommes et ainsi être protégées par eux. “Cela a l’air très archaïque, cependant, cela nous ramène à la théorie selon laquelle, parce que les hommes peuvent féconder les femmes, nous leur attribuons tout le mérite et nous entrons en compétition pour gagner ce prix.”

    Une autre théorie, plus proche de nous, est celle de l’intériorisation de la domination masculine. Celle-ci, selon la sociologue du travail Danièle Kergoat, interviewée par Marie Claire (en français cette fois), “est tellement intériorisée par les femmes qu’elles se minorent elles-mêmes. Elles se renient en tant que genre dévalorisé et plein de défauts.”

    Cette dévalorisation se retrouve dans tous les pans de la vie des femmes, au travail, en famille, en amitié, en amour. La journaliste de RTL Girls Arièle Bonte se souvient d’ailleurs, dans un texte intitulé “Lettre à toi, la fille ‘qui n’aimait pas les filles’”, avoir pendant longtemps considéré les autres femmes comme des “rivales”. Elle était fière de se sentir comme “une fille pas comme les autres”, amie avec des garçons, avec lesquels cette rivalité n’avait pas lieu d’être.

    Faute de modèles de solidarité entre femmes, la rivalité est toujours alimentée. Dans une tribune pour Libération, le collectif Georgette Sand cite à ce sujet la maîtresse de conférences en philosophie de l’éducation Bérengère Kolly. “Le lien entre femmes, qu’il soit amical, politique ou amoureux, a toujours été invisibilisé. […] De la même façon qu’on a besoin d’avoir une histoire des femmes scientifiques ou poétesses, il faudrait valoriser l’histoire de l’amitié entre femmes.”

    Sororité versus rivalité

    Ces derniers temps, à la rivalité vient s’opposer un autre terme, celui de “sororité”. Ségolène Royal l’avait utilisé lors d’un meeting en 2007 mais elle avait été raillée de toutes parts. Mais aujourd’hui, ce terme n’est plus moqué. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, l’a d’ailleurs employé à plusieurs reprises.

    Comme le souligne L’Obs, le mot “sororité” remonte aux écrits de Rabelais mais a pris de l’ampleur aux États-Unis avec le féminisme des années 70. En opposition à la rivalité, la sororité est la solidarité entre femmes, qui ont au moins pour point commun leur condition de femme. Le mouvement #MeToo en est un bel exemple.

     

    Peut-on attendre de Sansa Stark et Daenerys Targaryen un tel élan de sororité? Certes, la série se déroule dans un Moyen-Âge fictif, mais sa réception par les fans est actuelle et on peut comprendre que certains soient déçus que ces deux femmes “badass” véhiculent une fois de plus un tel cliché.

    Laissons-leur peut-être simplement un peu plus de temps. Après tout, Sansa a vécu un véritable enfer, elle s’est construite face à Cersei Lannister et pour la première fois depuis le début de la série, elle vit une sorte de répit. Pas étonnant, donc, qu’elle se sente menacée par la Mère des Dragons. Par ailleurs, genre féminin mis à part, il n’en reste pas moins qu’il se joue entre ces deux-là un véritable conflit de pouvoir.

    Au moins, elles nous auront offert pour la reprise de cette série tant attendue un beau jeu de regards.

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