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    À Chicago, les riches peuvent vivre 30 ans de plus que les pauvres

    25 juin 2019 23:00

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    Quinze kilomètres séparent le quartier de Streeterville de celui d’Englewood. L’un est au centre de Chicago, l’autre dans la partie sud de la ville. Le premier est majoritairement blanc et aisé, le second majoritairement noir, et pauvre. À Streeterville, on peut vivre jusqu’à 90 ans. À Englewood, on meurt plutôt à 60. L’écart d’espérance de vie est de 30 ans, c’est le plus élevé des États-Unis au sein d’une même ville.

    Les deux quartiers partagent pourtant le même maire, les mêmes forces de police et, en théorie, le même système scolaire. Mais leurs réalités socio-économiques respectives démentent toute ressemblance. Le revenu médian annuel de la chic Streeterville est autour des 100.000$, quand celui d’Englewood en représente à peine le quart. Pour plus de 80% de résidents diplômés de l’université au centre-ville de Chicago, il y en a seulement 8,2% à Englewood.

    «On comprend de mieux en mieux que votre code postal a autant à voir avec votre santé que votre code génétique», explique Marc Gourevitch, professeur à l’Université de New York et directeur du département de la Santé de la population, qui a récemment produit une étude sur les écarts d’espérance de vie à travers les États-Unis.

    Ses conclusions pointent les conséquences dramatiques des effets de ségrégation ethnique qui persistent aux États-Unis. «Une autre façon de voir les choses est de dire que votre code postal ne devrait pas déterminer votre possibilité ou non de connaître vos petits-enfants. À un certain niveau, c’est ce que je vois et ressens en regardant ces données. C’est choquant», ajoute Gourevitch.

    Violence chronique

    Si les taux de violence sont en baisse depuis deux ans à Englewood, le quartier a longtemps été considéré comme l’un des plus dangereux de Chicago. Entre 2000 et 2017, il a été le théâtre de 4.800 fusillades. Un peu en retrait de la longue et semi-déserte 69ème rue, on trouve une franchise de Subway, l’une des rares enseignes qui n’a pas encore fermé ses portes. À l’intérieur, les clients doivent crier leur commande aux serveurs à travers une épaisse vitre pare-balles.

    Un peu plus loin, il y a une petite épicerie qui vend quelques fruits et légumes, certains jours – la seule sur deux kilomètres à la ronde. Au nord, entre le Ritz-Carlton, l’hôpital pour enfants de Lurie et le Musée d’art contemporain, les habitants de Streeterville peuvent flâner quant à eux sur un petit marché ouvert où l’on trouve des produits frais et du tofu artisanal.

    Erin Vogel, la co-directrice exécutive de I Grow Chicago, une association locale engagée pour le développement d’Englewood, déclare que 100% des enfants suivis par l’association ont déjà eu un proche tué par balle et ont entendu des coups de feu alors qu’ils se trouvaient chez eux:

    «93% d’entre eux ont littéralement vu une fusillade de leurs propres yeux. Il y a un jeune homme avec qui je travaille, qui vient juste d’avoir 15 ans, et qui au cours des treize premières années de sa vie a perdu cinq de ses amis par assassinat. Il en a vu deux mourir», raconte-t-elle.

    Précarité sanitaire

    Si la violence réduit évidemment l’espérance de vie, les inégalités en matière de santé sont également à l’origine de la violence, souligne le Guardian. Pendant des décennies, Englewood a enregistré l’un des taux d’empoisonnement au plomb parmi les plus élevés du pays. Or des études ont montré que ce type d’empoisonnement, lié à une contamination résidentielle, produisait chez les enfants des pics d’agressivité.

    Le déclin du quartier s’est amorcé dans les années 1980-1990, avec la disparition progressive des emplois locaux. Le chômage a ouvert un boulevard à la drogue, la drogue à la violence, la violence à la précarité.

    Depuis, des initiatives communautaires tâchent d’améliorer les conditions de vie des habitants et de redynamiser l’économie du quartier, mais les moyens, financiers comme sanitaires, sont encore à la traîne. Surtout, ils ont 30 ans à compenser.

    Source : Léa Polverini (slate.fr)

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