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    Internationale

    50 ans après, Charles Manson fascine toujours

    10 août 2019 20:00

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    . Le 9 août 1969, ses disciples assassinaient l’épouse de Roman Polanski. Aujourd’hui, le gourou incarne «la face noire» d’Hollywood et inspire livres, films ou séries.

    Plus personne ne vit au 10 050 Cielo Drive. Là-haut, sur les collines de Los Angeles, les touristes ne s'arrêtent plus. L'adresse est pourtant toujours indiquée sur la carte des « maisons de stars à visiter ». Après le 9 août 1969, elle a fait la une des journaux du monde entier.

    Sur la porte blanche immaculée, trois lettres rouges : PIG, pour « porc ». Trois lettres tracées avec le sang de Sharon Tate, actrice splendide mariée à Roman Polanski, enceinte de huit mois et demi, retrouvée morte avec trois de ses amis à l'intérieur de la villa.

    Un monument morbide

    Abattus. Poignardés par la « Manson Family », une bande de hippies qui suivaient partout un certain Charles Manson, et étaient prêts à tout pour lui. Le corps d'un jeune homme de passage sera découvert aussi à l'entrée.

    Après l'horreur, la luxueuse propriété est devenue un monument morbide. Le dernier résident connu s'appelait Trent Reznor. Le chanteur du groupe Nine Inch Nails y avait installé un studio d'enregistrement pendant quelques années, puis est reparti avec la porte ensanglantée.

    Et puis, en 1994, les bulldozers ont fait leur travail. On a démoli la maison et même supprimé l'adresse. Le 10 050 n'existe plus. Il n'y a plus personne, plus rien, mais rien n'est effacé.

    «Il est devenu l'incarnation du mal absolu»

    Cinquante ans après les faits, on ne compte plus les séries, films, livres, chansons inspirés par ces meurtres et celui qui les a orchestrés, Charles Manson, musicien raté et gourou maléfique, devenu icône de la pop culture. On le cite, on le chante, on fabrique des tee-shirts à son effigie…

    Axl Rose, le chanteur du groupe de hard rock Guns N'Roses, fut le premier à en porter un sur scène en 1993. Dernier exemple en date ? Le réalisateur Quentin Tarantino, qui s'est inspiré des meurtres pour son nouveau film, « Once Upon a Time… in Hollywood » .

     « C'est étrange, cette fascination pour ce type. Ce n'est pas comme Ted Bundy, le tueur en série des années 1970, qui a multiplié les meurtres au sadisme froid… Charles Manson n'a d'ailleurs jamais tué lui-même ! s'étonne Arnaud Devillard, spécialiste de la scène musicale californienne de l'époque, et auteur de « Laurel Canyon » (éditions Le mot et le reste). Mais il est devenu l'incarnation du mal absolu, de toutes les tares de l'Amérique. Ce n'est pas pour rien que le chanteur Marilyn Manson a pris son nom, en l'associant au prénom de l'actrice mythique. C'est la dichotomie entre le glamour et l'horreur, cette idée qu'il y a une face noire à Hollywood. »

    L'écrivain français Simon Liberati a été marqué par les images de ce grand fait divers, au point d'y consacrer un roman, « California Girls » (Grasset). « J'avais 9 ans, on était en vacances dans le Tarn. C'était juste après avoir vu l'homme qui a marché sur la Lune (NDLR : le 21 juillet 1969). Je revois Polanski, avec ses lunettes de soleil, en petit costume, revenant de Londres. Sous le choc, il tenait à peine debout, sa femme et son bébé venaient d'être assassinés. Ça m'a frappé. »

    L'image de Sharon Tate, 26 ans, blonde et belle, au visage parfait, enceinte et assassinée, se mêle alors à celle de « Rosemary's Baby », le film sorti un an plus tôt et réalisé par Roman Polanski, qui raconte l'histoire d'une femme enceinte confrontée au satanisme… Le réalisateur, en plus du drame personnel, dut subir les gros titres des journaux à sensation l'accusant d'avoir « bien cherché » la tragédie.

    Et puis, il y a les filles. Ces girls qui ont inspiré deux romans parus en 2016, « The Girls », de l'Américaine Emma Cline, un carton traduit dans 34 langues, et celui de Simon Liberati. Celles qui ont suivi les ordres de Manson, qui ont tué pour lui, et qu'on a pu voir au procès « aller à la mort en riant, comme les martyrs chrétiens », raconte Liberati.

     « Ce qui m'intéressait, c'était la phénoménologie du meurtre. C'est l'un des assassinats où les gens se sont le plus répandus en témoignages. Il y a sept narrations différentes. Trois ou quatre versions par personne. Elles ont dit : Ah, ça a fait glouglou pour dépeindre les meurtres, très naïvement, très cruellement. »

    Ces hippies prônant l'amour libre, qui tout à coup deviennent des meurtriers sanguinaires, marquent surtout « la fin des années 1960 », dira l'écrivaine américaine Joan Didion. « En quelques jours, il y a le festival de Woodstock, puis, à l'opposé, ces crimes. Et l'utopie peace and love s'arrête en décembre, au concert des Rolling Stones, quand un motard du clan des Hells Angels tue un spectateur noir », rajoute Arnaud Devillard.

    L'un des grands mystères du XXe siècle

    « Cette histoire, c'est comme du Shakespeare, ça contient tout. Sexe, drogue et rock'n'roll, estime Laurence Romance, traductrice de « Charles Manson par lui-même » (éditions Séguier). Il ne faut pas oublier que Manson a beaucoup utilisé le LSD : il en prenait, mais moins que ce qu'il donnait à ses adeptes, pour les manipuler. »

    Il a fallu des années avant qu'un éditeur français accepte de publier cette autobiographie basée sur la confession de Manson à Nuel Emmons, son ancien compagnon de prison. « Quand j'allais voir les éditeurs, j'avais l'impression que je leur proposais Mein Kampf », ironise Laurence Romance.

    Ce crime reste un des grands mystères du XXe siècle : comment Manson, en quelques mois, a-t-il pu convaincre ces jeunes filles de se transformer en monstres ? Et pourquoi ? « Plus on s'approche, plus ça devient obscur », expliquait le réalisateur Quentin Tarantino lors du festival de Cannes, en mai 2019.

    Les théories du complot agitent beaucoup les esprits, comme l'assassinat de John Kennedy. Sur Internet, des sites, tel Cielodrive.com , sont nourris par des passionnés du bout du monde. Les mêmes qui achètent aux enchères, pour 14 000 dollars, le cadre de lit qui aurait appartenu à Sharon Tate.

    Vingt ans d'enquête

    Tom O'Neill, journaliste à Los Angeles, est tombé dans la « mansonmania » quand on lui a commandé un article sur les trente ans du fait divers. Le sujet était à rendre dans le mois. Il y a passé vingt ans, allant jusqu'à devenir chauffeur Uber pour payer ses factures.

    Son livre, « Chaos », qui vient de sortir aux Etats-Unis, est une plongée pointilleuse dans tous les recoins de l'histoire. Il y révèle qu'une grande partie des résultats de l'enquête a été cachée par le procureur de l'époque, Vincent Bugliosi. Ce dernier a lui-même écrit « La Tuerie d'Hollywood – L'Affaire Charles Manson ».

    D'après Tom O'Neill, la thèse du procureur ne tient pas et, surtout, il a sciemment négligé des pistes importantes, pour pouvoir peindre un Charles Manson à sa convenance, satanique, manipulateur, celui qui allait devenir un mythe pour toute une génération.

    « Je me demande qui était le plus dangereux, Bugliosi ou Manson », ose Tom O'Neill. Pour lui, Manson serait l'invention de Bugliosi. O'Neill décrit le procureur comme un mafieux convaincu d'être propriétaire de l'histoire, un parrain qui a passé la fin de sa vie à harceler le journaliste en essayant de le faire tomber pour pédophilie.

    La thèse du LSD et la CIA

    « J'ai même reçu des menaces de ses proches depuis la sortie du livre. Et puis, il y a cette découverte sur le LSD et la CIA. » Manson aurait servi de cobaye pour des tests à San Francisco. L'enquête révèle aussi qu'il a été relâché à de nombreuses reprises par la police alors qu'il était en liberté conditionnelle.

    Qui a laissé faire ? Pourquoi ? Cinquante ans plus tard, beaucoup de protagonistes sont morts, dont Manson (en prison, en novembre 2017, à 83 ans). Et il y a peu de chances que les autres se mettent à parler.

    « Je suis certain d'une chose, écrit Tom O'Neill, c'est qu'une grande partie de ce que nous considérons comme des faits relève de la fiction. » Les droits de son livre ont déjà été vendus aux studios Amazon pour une adaptation à l'écran. À Hollywood, les histoires, contrairement aux actrices, ne meurent jamais.

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