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    A Hongkong, les protestataires disent «non» aux triades

    28 juil. 2019 21:30

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    Des dizaines de milliers de militants pro-démocratie sont descendus dans la rue samedi pour dénoncer une attaque commise par un gang criminel à l’encontre de leurs membres.

    L’ambiance a changé en un clin d’œil. La foule de manifestants qui jusque-là défilait paisiblement entre la rangée de magasins aux devantures fermées de la rue principale de Yuen Long, est soudain traversée par un frisson. Des casques jaunes de chantier, des masques pour le visage et des lunettes de protection industrielles font leur apparition et sont sitôt enfilés. Quatre protestataires passent en courant, traînant des morceaux de barrière derrière eux pour former des barricades. Quelques instants plus tard, l’air se remplit de l’odeur âcre du gaz lacrymogène, pendant que résonnent des tirs de balles de caoutchouc. La police a commencé à avancer sur les manifestants.

    Yuen Long est devenu samedi le théâtre d’un échange tendu entre militants pro-démocratie et forces de l’ordre. Le défilé, qui n’a pas été autorisé par la police, avait pour but de dénoncer une attaque commise dimanche dernier, lorsqu’une centaine d’hommes vêtus de tee-shirts blancs et munis de bâtons et de barres de fer ont attaqué des protestataires et des quidams dans la station de métro de Yuen Long, faisant 45 blessés.

    «De mèche avec les attaquants»

    «La police n’a rien fait, dénonce Kimmy Chan, une manifestante de 39 ans qui possède une ligne de soins de beauté et a assisté à l’assaut. Nous avons essayé de les appeler à plusieurs reprises, sans succès. Et lorsqu’ils ont finalement décroché, ils nous ont dit que nous n’avions qu’à rester chez nous si nous avions peur.» Des sources policières ont indiqué que les assaillants faisaient partie de triades 14K et Wo Shing Wo, qui possèdent une base à Yuen Long, une bourgade rurale en banlieue de Hongkong où la vie politique est dominée par un système clanique de chefs de village.

    «La police semble avoir été de mèche avec les attaquants, juge Willy Lam, un expert des relations entre l’ancienne colonie britannique et la Chine à l’Université chinoise de Hongkong. Ils avaient été prévenus en avance de l’attaque et pourtant ils n’ont rien fait pour la stopper. Ils ont aussi attendu longtemps avant d’intervenir et n’ont pas procédé à des arrestations le soir même.» Il y voit «une atteinte particulièrement grave» aux principes de l’Etat de droit.

    Appel à Trump

    «J’ai été horrifié par ce qui s’est passé dimanche dernier, note Eddy, un enseignant de 23 ans, qui a pris part au défilé. Je suis venu aujourd’hui pour montrer que nous, les Hongkongais, ne sommes pas prêts à tolérer les gangs et les opérations terroristes sur notre territoire.» Un groupe de protestataires entièrement vêtus de noir, plantés devant l’un des cordons policiers, a longuement agité des drapeaux américains. «Nous voulons lancer un appel à Donald Trump, pour qu’il vienne à notre secours, dit l’un d’eux. Nous partageons des valeurs avec les Etats-Unis, pas avec la Chine.»

    Si quelques heurts entre protestataires et policiers ont éclaté aux abords de Nam Pin Wai, le village dont proviendraient la majorité des hommes en tee-shirts blancs, ceux-ci sont restés invisibles samedi, excepté une vidéo – que les protestataires s’échangeaient sur Telegram – les montrant en train de former une haie d’honneur, munis de bâtons et de brassards rouges, pour des policiers en costume antiémeute.

    De nombreux observateurs pensent que l’opération commando de Yuen Long a été orchestrée par Pékin – ou du moins a bénéficié de son soutien tacite. Le 11 juillet, le représentant local du bureau de liaison chinois a enjoint les citoyens de cette bourgade largement rurale à résister contre les protestataires. Le soir de l’attaque, le parlementaire pro-Pékin Junius Ho a été filmé en train de serrer la main des assaillants et de les remercier pour leur travail.

    «Ce serait un aveu de faiblesse pour la Chine»

    La tension est en effet montée d’un cran avec Pékin, depuis que les manifestants ont bombardé de peinture noire l’emblème chinois et tagué la façade du bureau de liaison chinois – la représentation diplomatique de Pékin à Hongkong – dimanche dernier. Cette semaine, un porte-parole du ministère de la Défense a laissé entendre que l’armée chinoise pourrait être déployée à Hongkong si les autorités de la ville le réclamaient, comme le prévoient la loi et la constitution de la cité portuaire.

    Mais la plupart des manifestants rencontés samedi jugent cette issue peu probable. «Ce serait un aveu de faiblesse pour la Chine, pense Ming, un vidéaste de 33 ans. Le monde entier verrait qu’elle a perdu le contrôle sur Hongkong.» Willy Lam abonde : «Xi Jinping veut à tout prix éviter de déployer l’armée chinoise. En termes d’image, ce serait terrible. Cela serait aussi mauvais pour l’économie. La bourse et le marché immobilier s’effondreraient.» Il rappelle que 71% des investissements directs étrangers effectués en Chine passent par Hongkong.

    De plus, outre quelques scènes de violence largement médiatisées, le mouvement de résistance hongkongais a en fait été largement pacifique. Plusieurs marches gigantesques, dont l’une qui a réuni près de deux millions de personnes, se sont déroulées sans heurt depuis début juin. Samedi, alors qu’ils subissaient les assauts de la police, les protestataires ont continué à ramasser leurs déchets, à créer des couloirs pour laisser passer les ambulances et même à attendre que le feu passe au vert avant de traverser la route. Pas une seule vitrine n’a été brisée, ni un seul magasin pillé.

    Vers 19 heures, ils ont commencé à se passer le mot : «Nous partons tous ensemble dans trente minutes.» A l’heure dite, ils se sont dirigés comme un seul homme vers la station de métro la plus proche, vidant les rues à l’exception de quelques acharnés qui ont continué d’affronter la police jusque tard dans la soirée. «Notre devise est "sois comme l’eau", une citation de Bruce Lee, glisse Kelvin, un manifestant masqué. Nous arrivons rapidement et en masse et nous repartons tout aussi vite.»Une tactique qu’ils comptent employer à nouveau dimanche pour défiler au centre-ville, malgré l’interdiction de la police.

    (Source liberation.fr)

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