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    La cryptomonnaie Libra

    La cryptomonnaie Libra : ce qu'il faut savoir

    18 juin 2019 21:30

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    Nom de code : Libra. Comme promis il y a peu par Laura McCracken, responsable des services financiers et des partenariats de paiement pour l’Europe du Nord, ce mardi 18 juin, Facebook devrait dévoiler son livre blanc concernant sa propre cryptomonnaie, un GlobalCoin du nom de Libra qui devrait être lancé en 2020 d’après de multiples sources, dont Le Parisien et Franceinfo.

    La monnaie pourra s’échanger sur l’ensemble des plateformes appartenant au groupe - WhatsApp, Instagram, et Facebook- mais pas seulement. Pour son projet, la firme de Mark Zuckerberg a lancé un large “appel d’offres” à ses partenaires, afin d’ouvrir l’éco-système de sa future cryptomonnaie. Selon Les Échos,  27 groupes ont déjà dit oui moyennant 10 millions de dollars. Parmi eux: Visa, PayPal, Uber, Booking ou Illiad, maison mère de Free.

    Une arrivée remarquée dans le monde monétaire qui n’est pas sans susciter quelques interrogations.

    Quel est l’intérêt de cette cryptomonnaie pour Facebook ?

    Farouchement gardé secret pendant des mois, le projet de cryptomonnaie de Facebook a été lancé avec David Marcus, ancien responsable de PayPal. L’idée pour la firme, c’est surtout celle de se positionner sur une un nouveau marché, explique Grégory Raymond, journaliste pour le magazine Capital et spécialiste des cryptomonnaies, contacté par Le HuffPost:

    “Le modèle économique de Facebook (basé sur la vente d’espaces publicitaires) a atteint une certaine maturité et l’entreprise a besoin de nouvelles sources de revenus pour continuer à croître. Son projet est de devenir un nouveau géant du paiement. Un nouveau Visa ou un nouveau PayPal”

    Surtout, le marché des paiements en ligne offre des débouchées considérables. “Aujourd’hui, seulement 4% à 5% des dépenses se font en ligne : ce marché va exploser dans les années à venir. Le moment semble opportun car la technologie permet aujourd’hui de se passer des acteurs et des réseaux de paiement traditionnels”, estime Grégory Raymond.

     

    Depuis 2017, il est question de dépression autour du Bicoin, la cryptomonnaie de Facebook sera-t-elle plus sûre?

    Pour ce spécialiste, le lancement du GlobalCoin Libra devrait avoir un effet positif sur le marché, sans pour autant créer une concurrence entre les deux entrées. “Bitcoin et GlobalCoin ne répondent pas au même besoin, il n’y a pas de concurrence: Bitcoin est un moyen d’échange sur lequel aucune autorité centrale n’a le contrôle. Il est conçu pour que sa valeur augmente dans le temps en raison de sa rareté (21 millions d’unités maximum). Ça n’incite donc pas à l’utiliser dans la vie de tous les jours, au contraire du GlobalCoin dont la valeur doit rester stable car il devrait être indexé sur un panier de grandes devises” détaille-t-il. Résultat, il ne sera pas possible de spéculer sur Libra.

    Quant à la “dépression”, le journaliste y voit plutôt “une bulle”,  qui a explosé début 2018 et qui ne cesse de remonter depuis. “Cette correction est un mouvement naturel visant à ‘nettoyer’ le marché des personnes qui ne savaient pas exactement pourquoi elles avaient investi en 2017 (en dehors du fait qu’elles s’attendaient à devenir riche rapidement)”, souligne-t-il, en précisant qu’après 3200 dollars en décembre 2018, le Bitcoin s’échange actuellement autour de 8000 dollars.

    Pourquoi parle-t-on d’un “bouleversement” à venir?

    Si le projet de cryptomonnaie de Facebook fascine autant qu’il surprend, c’est notamment parce que ce sont plutôt des groupes comme Google et Amazon qui étaient attendues sur le sujet. Une question de temps, selon Grégory Raymond.

    Pour autant, de nombreux spécialistes voient dans l’arrivée de Libra un vrai “bouleversement”. “Ce qui est disruptif, c’est qu’en plus de maîtriser les ‘tuyaux’ par lesquels vont transiter les fonds, Facebook va également concevoir ces fonds et réduire sa dépendance aux États. On dit des Gafam qu’ils sont aussi puissants que les États, avec une monnaie ils augmenteront encore un peu plus ce pouvoir”, souligne Grégory Raymond.

    Sur Atlantico, Michel Ruimy, Professeur à Sciences po et économiste à la Banque de France, estime que ce qui est en jeu c’est aussi la taille de “l’éco-système” dans lequel pourra circuler la cryptomonnaie Facebook. “Plus la gamme de services proposés au sein de l’écosystème sera importante, moins l’utilisateur aura intérêt à en sortir. Facebook pourrait ainsi proposer la possibilité de transférer des fonds et/ou, des avantages alléchants aux commerçants, via Facebook Marketplace, pour l’imposer rapidement comme un moyen de paiement en magasin. Un réseau de bornes de retrait physiques pourrait être établi afin de permettre aux utilisateurs de gérer leurs fonds”, détaille Michel Ruimy, qui prédit une menace pour certaines cartes bancaires.

     

    Qui seront les utilisateurs de ce GlobalCoin?

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la cryptomonnaie Facebook n’intéressera pas forcément ceux qui ont déjà facilement accès à d’autres moyens de paiement. “Je vois beaucoup plus de perspectives dans les zones où les gens ne sont pas bancarisés (40% des adultes dans le monde). Facebook leur apportera un moyen de se développer facilement du moment qu’ils ont Internet (ça tombe bien Facebook a également des programmes pour connecter les zones non couvertes). Enfin, la cryptomonnaie de Facebook est conçue pour avoir une valeur stable. Cela permettra aux citoyens de pays comme le Venezuela ou l’Argentine, où les taux d’inflation explosent, de protéger leur épargne en la convertissant facilement en GlobalCoin”, détaille Grégory Raymond.

    À terme donc, la cryptomonnaie Facebook pourrait même apparaître comme une valeur refuge: “Dans certains pays moins développés, et notamment dans des pays où il existe un contrôle des changes ou une forte inflation, des citoyens pourraient avoir plus confiance en Facebook qu’en leur gouvernement”, souligne encore le spécialiste.

     Une concurrence directe avec des États souverains qui n’est pas sans créer des interrogations.

    Les États ont-ils des raisons de s’inquiéter?

    Facebook compte 2,3 milliards d’utilisateurs actifs, soit près d’un quart de la population mondiale. Cela fait donc potentiellement plusieurs millions d’utilisateurs du GlobalCoin. De quoi déstabiliser les gouvernements?

    Selon Grégory Raymond, ce sont plutôt les utilisateurs qui doivent se méfier... et les banques. “Le protocole faisant tourner le GlobalCoin sera contrôlé par une fondation installée en Suisse. Ce mode de gouvernance montre que Facebook a compris qu’il fallait partager les responsabilités pour inspirer de la confiance. Toutefois, on ne sait pas à quel point Facebook exercera son pouvoir. Facebook aura-t-il un droit de veto? La technologie sera-t-elle en open source ou appartiendra-t-elle à Facebook? Au final, cela me paraît dangereux qu’un tel acteur obtienne autant de données importantes sur les citoyens. Pensez-y: Facebook pourrait en savoir plus sur vous que le fisc et pourrait monnayer ces infos à des entreprises privées. Cela devrait poser la question du démantèlement de Facebook avec plus d’insistance”, détaille le journaliste, avant d’ajouter que ce sont les institutions bancaires qui doivent aussi se méfier: ”à court terme, ce sont plutôt les banques qui ont du souci à se faire. L’ampleur de ce qui se prépare pour elles est mille fois supérieure à ce qu’elles ont subi avec l’émergence des FinTechs. Et là, elles ne pourront pas racheter leur concurrent”, détaille-t-il.

    Michel Guimey abonde en ce sens et n’exclut pas ainsi qu’une une fois la valeur d’usage de sa cryptomonnaie développée, Facebook ait toute latitude pour faire évoluer sa “politique monétaire” et se mette à agir “non seulement comme une banque commerciale, mais aussi comme une... banque centrale. A terme, Facebook aurait les moyens de devenir une sorte de banque centrale privée”, analyse-t-il.

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