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    Comment allons-nous coloniser la Lune dès 2030?

    19 juil. 2019 23:00

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    Dès 2030, plusieurs agences spatiales comptent s’installer durablement sur la Lune. Pour l’homme, il faudra s’adapter à un environnement où tout joue contre lui. Mais un vent d’enthousiasme souffle sur le village lunaire.

    "La Lune, c'est le huitième continent". Bernard Foing, astrophysicien de l’Agence spatiale européenne et directeur du groupe international d’exploration lunaire, nourrit peu de doutes: après avoir posé le pied sur la Lune il y a cinquante ans, l’Homme doit désormais s’y installer durablement dans les prochaines années.

    "D'ici 2030, nous pourrions avoir dix personnes travaillant avec des robots qui feront des rotations de six mois, un an. L'humanité sera présente de manière permanente sur la Lune et de façon durable", assure le scientifique à BFMTV.com.

    "Une station ouverte pour différents Etats"

    Ce rêve ne sort pas de quelques cerveaux surchauffés excentriques. Depuis plusieurs années, les agences spatiales travaillent sur ce projet. L’idée avait été évoquée avant même que Neil Armstrong ne laisse son empreinte pour l’éternité dans le sol lunaire. En pleine course à l’espace, tous les projets les plus fous semblaient alors à portée de l’être humain. Si l’exploration de la Lune a finalement été abandonnée, l'idée est restée.

    En 2015, l'agence spatiale européenne présentait ainsi Moon Village, son projet de village lunaire. Puis en 2016, le directeur général de l’ESA, Jan Wörner, officialisait cet objectif.

    "J’ai l’intention de construire une base permanente sur la Lune: ce sera une station ouverte pour différents États participants, des pays des quatre coins du monde", expliquait-il.

    Comme souvent, l'agence européenne compte s'appuyer sur la coopération internationale pour mener à bien ce projet. "Cela veut dire (que pourraient être présents) les Américains, les Russes, les Chinois, les Indiens, les Japonais et même d'autres pays qui pourraient apporter de plus petites contributions", affirmait Jan Wörner.

    "Un coût d'environ 30 euros par Européen"

    Pour l’ESA, la Lune est un objectif accessible: il sera possible d'y réaliser des travaux scientifiques de grande ampleur, mais aussi d'exploiter des ressources ou encore de préparer une base avancée pour une future exploration de Mars. Son coût est estimé à une vingtaine de milliards d’euros, "quelque chose chose qui pourrait correspondre à 30 euros par Européen", si on ne compte pas l’aide de la Russie, des Etats-Unis, ou de la Chine, selon Bernard Foing.

    "Le village robotique peut maintenant être fait par des entreprises commerciales à bas coût pour délivrer des charges utiles sur la Lune", explique l’astrophysicien, même s’il faudra encore trouver une solution fiable pour transporter les astronautes. 

    "Ce poste avancé va commencer avec des modules tels que nous avons sur l'ISS", imagine déjà le scientifique.

    "Des structures gonflables comme des champignons ou une framboise"

    Puis, "nous allons avoir des structures gonflables déployables qu'il faudra protéger des radiations et des météorites. Ça va un peu croître comme des champignons - ou une framboise - avec différents modules dans des endroits stratégiques de la Lune. Certains aux pôles, d'autres près d'entrées de grottes lunaires”, illustre-t-il pour BFMTV.com. 

    Ces endroits ne sont pas choisis au hasard. Les pôles offrent "un pic de lumière éternelle, c'est un endroit intéressant pour l'énergie et pour la température", tandis que les grottes lunaires permettraient de s’abriter des radiations. 

    "Si nous allons là-bas et que nous construisons nos propres habitats, nous allons aussi devoir apporter une quantité importante de matériel. Si nous pouvons utiliser des grottes, ça nous permettra d’apporter moins de choses et ce sera plus simple", ajoute Marjolein Dieter, géologiste à l’université libre de Bruxelles. 

    Déjà un projet en cours pour simuler la vie sur la Lune

    Cette scientifique participe au projet Euro Moon Mars,  qui vise à simuler la vie sur la Lune. Au mois de juin, elle est partie deux semaines avec d'autres scientifiques et professionnels près du sommet du glacier du Servin, en Suisse, pour construire un habitat dans la glace et réaliser une série d'expériences technologiques construites par une vingtaine d'universités européennes. Pour les astronautes, il faudra aussi composer avec la poussière lunaire.

    "Elle avait une texture abrasive, comme du charbon, et une odeur âcre et métallique, comme de la poudre à canon, ou comme l'odeur qui traîne dans l'air après l'explosion d'un pétard. Neil comparait l'odeur à celle de cendres mouillées", a expliqué des années après son voyage sur la Lune Buzz Aldrin, le deuxième astronaute à avoir foulé le sol lunaire. 

    Très fine et très collante, cette poussière s’infiltre partout. Cependant, elle peut être aussi un formidable atout pour l’exploration lunaire. "Il y a beaucoup d’applications. J’essaye d’utiliser la construction de briques avec la régolithe lunaire", raconte à BFMTV.com Marc Heemskerk, étudiant à l’université libre d’Amsterdam, lui aussi membre du projet Euro Moon Mars.

    Des habitats moulés en poussière lunaire

    "Ce n’est pas si compliqué, le plus gros problème, c’est la sécurité. La poussière lunaire est vraiment dangereuse pour la santé et il faut faire très attention en la manipulant (...) Mais, il est possible de la faire fondre partiellement ou complètement pour lui donner la forme que vous voulez dans un moule", poursuit l’étudiant. Cette matière pourrait alors être utilisée pour réaliser des habitats, grâce à des imprimantes 3D géantes.

    Il est également possible d’extraire des ressources importantes du sol lunaire. Le 21 janvier dernier, l’ESA et Arianegroup - qui travaille sur la fusée Ariane 64, capable d’envoyer des charges sur la Lune - ont signé un partenariat en ce sens.

    "L’objectif de cette mission (prévue pour 2025, ndlr) serait l’exploitation du régolithe, un minerai duquel il est possible d’extraire eau et oxygène, permettant ainsi d’envisager une présence humaine autonome sur la Lune", explique le communiqué. 

    Pour ces futures missions, le principal enjeu est de créer une base la plus autonome possible. "Si j'ai oublié une vis sur Terre, je ne vais pas attendre cinq jours. J'aurai une imprimante 3D et je pourrai imprimer des petits objets", résume Bernard Foing. Même chose en cas de graves dangers ou pépins physiques importants. Si sur l'ISS, il est encore possible de se faire rapatrier en quelques heures, sur la Lune il faut compter en jours. 

    "La station spatiale internationale, c'est déjà un peu un autre monde, mais cela reste proche. La Lune, c'est complètement dingue, il n'y a pas de vie, c'est complètement différent", disait récemment Thomas Pesquet. 

    Malgré ces défis et ces risques, à l’ESA, on reste persuadés que la Lune sera bientôt peuplée d’hommes et de femmes de plus en plus nombreux. "On verra depuis là-bas la Terre magnifique tourner. On pourra l'utiliser comme une horloge. On verra quand notre continent passe et ça va nous donner nos 24 heures", s’enthousiasme Bernard Foing. 

    Une galerie d'art sur la Lune

    C’est en vue de cette installation durable qu’Anna Sitnikova travaille sur un projet de Moon Gallery. En parallèle de ses recherches sur les habitats lunaires modulables semblables à des origamis, cette designeuse compte envoyer une mini-galerie d’art sur la Lune. 

    "Si nous voulons un jour vivre sur la Lune, nous voudrons aussi avoir de la culture. C’est ce que la Moon Gallery essaye d’apporter", affirme-t-elle. Composée de cent oeuvres, cette plaque de 10x10x1cm doit être envoyée en 2022 sur la Lune. "C’est peut être petit mais l’idée est fascinante. Nous voulons faire réfléchir à la trace que doit laisser l’Humanité sur la Lune. Il y a peut-être quelques valeurs que nous voulons laisser derrière nous car nous voulons apporter le meilleur sur la Lune."

    Par ailleurs, les ressources de la Lune pourraient permettre de développer une économie pour assurer une certaine indépendance à la Lune. "Il y a tellement de glace qu'on pourrait l'utiliser pour commencer une économie interplanétaire", avance le directeur du groupe international d’exploration lunaire.

    "Ou utiliser cette eau pour construire des fusées hydrogène/oxygène. Ces fusées lancées depuis la Lune (à la gravité six fois inférieure à celle de la Terre, ndlr), seraient 40 fois plus efficace que depuis la Terre", avec des économies qui se chiffrent en milliards, selon le scientifique. 

    Base de départ vers Mars

    Une Lune qui pourrait alors non seulement servir "de terrain d'entraînement à la fois pour les astronautes, pour les contrôleurs au sol", mais aussi de base de départ vers Mars, propose aussi l'astronaute Jean-François Clervoy. "Quitte à ce que le train spatial qui parte vers Mars, on l'assemble autour de la Lune si on arrive à y extraire de l'oxygène et de l'eau", explique-t-il à BFMTV.com.

    Dès 2040, les bénéfices tirés de l’exploitation des ressources lunaires pourraient permettre de financer l’acheminement des ressources uniquement disponibles sur Terre. Le reste tient ensuite du rêve. 

    "Une fois que nous aurons déployé les premières infrastructures pour y vivre, nous pourrons l'habiter comme un continent avec un petit contingent de personnes. Dix personnes en 2030, 100 en 2040. Le premier bébé va naître en 2040. En 2050, il y aura 1000 personnes. En 2060, il y en aura 10.000. Peut-être qu'à ce moment-là il y aura une nouvelle gouvernance, ils voudront peut-être former la République de la Lune", hasarde Bernard Foing.

    (Source BFMTV)

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