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    Allemagne : Des activistes écolos jugés pour avoir occupé une centrale polluante

    04 déc. 2019 23:00

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    Cinq militants écolos sont poursuivis pour avoir occupé pendant plusieurs heures une centrale de lignite, en marge de la COP 23 à Bonn en 2017. Le géant de l'électricité RWE leur réclame en outre 2 millions d'euros.

    Est-ce un crime de bloquer l’activité d’une centrale de lignite pour des raisons écologiques ? La question que doit trancher ce mercredi le tribunal d’instance d’Eschweiler (Rhénanie du Nord-Westphalie) devrait intéresser les militants pour le climat de toute l’Allemagne.

    Cinq personnes sont en effet poursuivies par l’Etat pour avoir, le 15 novembre 2017, bloqué pendant plusieurs heures le fonctionnement de courroies transporteuses de lignite à la centrale de Weisweiler, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Elles sont également attaquées, dans le cadre d’une procédure civile, par le géant énergétique RWE, qui leur réclame 2 millions d’euros de dommages et intérêts.

    «Ce n’est pourtant pas nous qui créons des dommages dans cette histoire», rétorque Vania (1), 37 ans, l’un des activistes poursuivis, et qui se définit comme un défenseur de la «justice climatique». «Le blocage a causé à RWE des dommages économiques mesurables et d’une ampleur considérable. Les activistes en sont responsables», fait-on savoir du côté de l’énergéticien.

    Une action menée en pleine COP 23 à Bonn

    Rappel des faits : le 15 novembre 2017, des militants âgés de 22 à 37 ans bloquent pendant plusieurs heures des courroies transporteuses de lignite, acheminé depuis la mine vers la centrale de Weisweiler. La date choisie est loin d’être anodine. A 60 kilomètres de là, dans la ville de Bonn, les pays de la COP 23 discutent de l’avenir de la planète. C’est donc le moment idéal, estiment-ils, pour attirer l’attention du public sur le sujet.

    A l’époque, l’Allemagne n’a pas encore décidé de la sortie du charbon – elle l’a depuis planifiée à l’horizon 2038, date contestée par les écologistes –, et la question de l’exploitation du lignite, charbon aussi compétitif que polluant, fait débat, surtout dans cette région de Rhénanie du Nord-Westphalie qui en est un bastion. De manière générale, le charbon représente encore 40% de la consommation énergétique en Allemagne. Quant à l’exploitation de houille, elle s’est arrêtée voici un an, après la fermeture de la dernière mine houillère, celle de Prosper-Haniel, à Bottrop.

    Ce jour-là, treize personnes – douze militants écolos et un journaliste indépendant venu suivre le déroulé des opérations – sont arrêtées. Cinq sont finalement poursuivies en justice. «Cette opération a été un succès, estime Vania. On estime avoir empêché l’émission de 26 000 tonnes de CO2 en seulement quelques heures de blocus. Sachant que l’empreinte carbone d’une personne en Allemagne est d’environ 10 tonnes par an, on peut dire que c’est substantiel.» 

    Tobias Bayr est climatologue à Kiel, dans le nord de l’Allemagne. Sollicité par les accusés afin de témoigner à leur procès, il n’a pas finalement été invité à comparaître, mais a adressé une lettre ouverte au tribunal d’Eschweiler. «Ce n’est pas à moi de dire s’ils ont eu raison de faire ça mais à la justice, explique-t-il. En revanche, voilà ce que je peux dire : le 20 septembre, 1,4 million de personnes étaient dans les rues d’Allemagne pour l’urgence climatique, et que faisait le gouvernement allemand ? Il annonçait une série de mesures pour le climat de très faible ambition. L’exploitation du lignite est soutenue financièrement par l’Etat. La pollution qu’il engendre brûle les poumons des gens. Or, la date de sortie envisagée par le gouvernement, en 2038, est bien trop tardive. Alors que fait-on ?»

    «Décisions démocratiques»

    De son côté, RWE affirme, afin de justifier l’importance de la somme réclamée aux écologistes : «Nous avons dû réduire la puissance des centrales électriques de plus de 2 000 mégawatts. Ce n’est que grâce à d’importants efforts qu’il a été possible de maintenir l’approvisionnement en chauffage urbain de la région, puisque la centrale de Weisweiler ne produit pas seulement de l’électricité, mais aussi du chauffage urbain.» Pour le militant Vania, ce n’est pas la seule raison : «Ils font cela parce qu’ils veulent dissuader les militants de refaire des actions similaires.»

    Pour se défendre, les activistes s’abritent derrière le paragraphe 34 du code pénal allemand, selon lequel «quiconque commet un acte qui constitue un danger actuel et inévitable pour la vie, l’intégrité physique, l’intégrité physique, la liberté, l’honneur, la propriété ou un autre bien juridique afin d’écarter le danger pour lui-même ou pour autrui n’agit pas illégalement si, après avoir pesé les intérêts opposés, en particulier les biens juridiques concernés et le degré du danger qui les menace, l’intérêt protégé l’emporte largement sur l’intérêt affecté». En face, RWE renvoie la balle aux autorités politiques : «Nous produisons cette électricité avec des centrales qui sont construites et exploitées sur la base de décisions démocratiques et de permis gouvernementaux», indique-t-on.

    Que peuvent les pouvoirs publics ? Vania ne croit pas tellement en l’action des politiques. «Nous n’avons pas eu beaucoup de soutien de leur part, explique le militant, mais de toute façon nous croyons davantage aux mouvements citoyens, qui viennent de la base. Sans compter que certaines personnalités politiques, notamment au SPD, ont été très dures avec nous et notre action.» Il attend avec impatience la décision du tribunal d’instance d’Eschweiler, parce qu’il sait qu’elle sera déterminante pour la suite des opérations, c’est-à-dire la plainte au civil de RWE. Au fond, il s’agira de répondre à une question éthique et politique cruciale : la fin justifie-t-elle les moyens ?

    (Source liberation.fr)

     

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