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    En Asie centrale, le cannabis se fumait déjà il y a 2500 ans

    17 juin 2019 20:00

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    Des archéologues ont découvert des traces de cannabis dans un cimetière à la frontière entre la Chine et le Tadjikistan. Selon les scientifiques, la substance psychoactive de la plante était exploitée lors de cérémonies en l'honneur des dieux ou des morts.

    Dans un cimetière perché dans le massif du Pamir en Asie centrale, il y a 2500 ans, l'air se remplissait des notes d'une harpe ancienne, d'un fort parfum de genièvre et de l'odeur peut-être plus forte de cannabis pour les cérémonies en l'honneur des dieux ou des morts. Les rituels, reconstitués par des archéologues à partir de fouilles sur ce site dans la province chinoise du Xinjiang, représentent l'utilisation connue la plus ancienne du cannabis pour ses propriétés psychoactives.

    Le site en question est le cimetière de Jirzankal, près de la frontière actuelle entre la Chine et le Tadjikistan rapportent les scientifiques dans la revue Science advances. Situé à plus de 3000 mètres d'altitude, le cimetière est recouvert de cailloux et pierres noires et blanches, qui forment de grandes bandes noires et blanches alternées. Des monts funéraires parsèment le paysage. Les archéologues ont découvert, dans huit tombes, un total de dix grands bols en bois contenant des pierres avec des traces de feu.

    Les scientifiques ont analysé les bols en bois ainsi que les pierres brûlées. "A notre grande joie, nous avons trouvé les biomarqueurs du cannabis, et en particulier des composants chimiques liés aux propriétés psychoactives", se réjouit Yimin Yang, coauteur et professeur à l'université de l'Académie chinoise des sciences.

    Les molécules détectées étaient principalement du cannabinol (CBN). Le principal ingrédient psychoactif du cannabis, le tetrahydrocannabinol (THC), devient du CBN au contact de l'air.

    La découverte de harpes angulaires, des instruments utilisés dans les funérailles, et la composition des bols en bois de genièvre, qui émet une forte odeur de térébenthine, finissent de compléter le tableau rituel: des gens rassemblés autour d'un épais nuage hallucinogène pour une célébration. Mais qui étaient les morts? Les tombes enfermaient à la fois une personne apparemment morte de cause naturelle, et des corps portant les stigmates de coups, signes laissant suspecter d'éventuels sacrifices humains. Des analyses ADN, en cours, permettront peut-être de savoir si les morts étaient de la même famille.

    Cannabis de plus en plus concentré en THC

    Deux théories pourraient expliquer l'apparition progressive, au fil des siècles, d'un cannabis de plus en plus concentré en THC. Soit le cannabis a été méthodiquement sélectionné par des cultivateurs qui cherchaient à augmenter le taux de THC. La culture en altitude pourrait y avoir contribué, puisque l'altitude stresse la plante et augmente naturellement le niveau de THC. Soit le cannabis a évolué par "hybridisation". La plante aurait évolué au fil des transports et échanges humains, favorisant les croisements entre différentes variétés.

    Ces travaux, du reste, complètent un peu plus un vieux puzzle sur l'usage antique des stupéfiants. Au Ve siècle avant notre ère, l'historien grec Hérodote avait décrit des habitants des steppes caspiennes se rassemblant sous une petite tente, où ils brûlaient des plantes dans un bol avec des pierres chaudes.

    Il y a aussi la substance mythique du "soma" mentionnée dans d'anciens textes hindous, tout comme le "haoma" des zoroastriens. "J'espère que nous avons relancé l'intérêt de l'étude de l'usage antique des plantes dans cette partie du monde", commente Robert Spengler.

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