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    Internationale

    Extinction Rebellion, extension de la lutte climatique

    17 août 2019 23:00

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    Le collectif mise sur la désobéissance civile pour forcer les sociétés à répondre à l’urgence. En France, une «caravane» sillonne le pays pour sensibiliser et recruter. «Libération» a suivi l’étape d’Annecy.

    «Avant Extinction Rebellion, je n’avais jamais vraiment milité. Je ne me reconnaissais pas trop dans les autres associations, alors que je suis touchée par la justesse de la réponse qu’eux apportent face à l’ampleur de l’enjeu climatique.» Pernelle, 28 ans, est membre d’Extinction Rebellion (XR) depuis quelques semaines. Elle fait partie du groupe d’Annecy, où la caravane du mouvement a posé ses valises pour deux jours de formation et de conférences en début de semaine.

    Né au Royaume-Uni en octobre, ce groupe écologiste international radical porte trois grandes revendications : la reconnaissance de l’urgence de la crise écologique, la neutralité carbone d’ici à 2025 et la constitution d’assemblées citoyennes. Pour les imposer, l’organisation a fait un pari tout aussi ambitieux : tout miser sur la désobéissance civile massive et sur des actions de blocage. Après à peine six mois d’existence en France, XR compte une quarantaine de groupes locaux et 6 000 membres sur son forum.

    «La caravane, c’est un peu notre Tour de France, pour créer du lien entre tous ces groupes», explique Benjamin, cofondateur de la branche d’Annecy. «On adapte aussi le discours en fonction des régions, complète Axou, qui sillonne le pays depuis juillet pour rencontrer les groupes et proposer des formations. Ici, dans la montagne, […] comme dans les pôles, tout bouge beaucoup plus vite. Dans le Vercors, on relève à 800 m d’altitude des températures supérieures de 0,8 °C par rapport à l’ère préindustrielle. A 2 000 m, c’est déjà plus de 2 °C.»

    Plus largement, la caravane participe au recrutement de nouveaux «rebelles», selon le langage du mouvement, pour la «semaine de rébellion internationale» qui doit débuter le 7 octobre. Le mouvement espère bloquer plusieurs jours des quartiers de grandes capitales, dont Paris ou New York, comme cela a été fait à Londres en avril. «On s’appuie sur la non-violence pour des questions morales, mais surtout parce que ça marche, affirme Axou. C’est une stratégie qui attire l’attention des médias et la sympathie du public.»

    Depuis son entrée en action le 24 mars, la branche française de XR compte quelques grands faits d’armes : déversement de 300 litres de faux sang sur les marches du Trocadéro pour alerter de l’effondrement de la biodiversité, blocage fin juin du pont de Sully qui s’est achevé dans des litres de lacrymogène, irruption sur le périphérique parisien début juillet. A Annecy, les rebelles locaux ont bloqué en mai l’incinérateur de Passy, responsable d’une partie de la pollution qui étouffe la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), et en juillet le chantier d’extension de la station de ski du Grand-Bornand.

    A Extinction Rebellion, on fonctionne dans l’horizontalité. Le mouvement évite de faire émerger une tête d’affiche et les groupes locaux ont toute latitude pour organiser des actions, tant qu’elles collent aux revendications générales et respectent les principes de non-violence.

    «Trente ans de CGT»

    Ce dimanche d’août, quatre membres du groupe XR Annecy qui ont déjà plusieurs actions d’ampleur au compteur animent une formation à la désobéissance civile. Face à eux, 25 personnes environ. Deux jeunes à peine sortis du lycée côtoient des trentenaires qui s’éveillent à l’écologie et d’anciens militants d’assos environnementales qui retrouvent avec XR l’envie de s’engager. Jean-Pierre, «trente ans de CGT et huit mois de gilets jaunes», n’a encore jamais participé à une action de désobéissance civile. «En revanche, j’ai fait de l’aïkido, y a de ça… pfff… longtemps. La désobéissance, ça va être ma manière de reprendre le sport non violent», dit-il en riant dans sa barbe. Il est venu avec des camarades de ronds-points soucieux d’écologie, comme Isabelle, dont le gilet affirme «la planète bleue a besoin de jaune pour redevenir verte».

    Tous sont là pour se former à l’action non violente, sans que le terme soit toujours clair dans les têtes. Pour affiner la définition, Laetitia lance un«débat mouvant». Quatre chaises délimitent deux axes qui vont de violent à non violent, et de «je fais» à «je ne fais pas». En fonction des propositions d’action, les participants se positionnent sur les axes. Premier projet : bloquer un chantier qui va détruire une zone naturelle en sabotant les machines, de nuit et sans revendication. Mouvement général vers la zone de refus d’agir. «Une action de nuit et sans revendication, c’est dépolitisé. N’importe quel fou pourrait avoir bloqué les machines, donc ça ne sert pas notre combat», argumente Constant. «Oui, mais l’action fonctionne, le lendemain le chantier ne démarre pas. On a un impact direct», lui répond un des rares participants qui serait prêt à agir. «Et s’il s’agissait plutôt de bloquer le chantier en s’enchaînant aux engins, dans une action revendiquée et médiatisée ?»relance Laeticia. Nouveau mouvement. Cette fois, presque tous voudraient prendre part à l’action, jugée peu violente. «Le but, c’est de faire comprendre que la notion de violence est subjective et qu’il est important de ne se lancer dans une action que quand tu es complètement à l’aise avec son principe», explique la jeune femme.

    Bras et jambes emmêlés

    Dans l’après-midi, après un point sur les risques juridiques et l’attitude à adopter en garde à vue, les participants se lancent dans une simulation de blocage. Dans un coin de pelouse derrière le bar participatif où se tient la formation, ils se répartissent en deux groupes, activistes d’un côté, police et employés de la multinationale polluante de l’autre. Après une demi-heure de planification, les bloqueurs du jour s’assoient en ligne, bras et jambes emmêlés, et clament des slogans au visage des pseudo-CRS. Benjamin suit l’exercice de loin pour vérifier que tout se passe bien. «Je suis déjà passé par là et j’ai trouvé ça très utile pour dédramatiser le contact physique et le rapport à la police.» Cela permet aussi aux néoactivistes de prendre conscience du rôle des médiateurs, qui cherchent à désamorcer le conflit avec la police, les employés ou les passants. «Les chants et les slogans, il en faut. Mais pensez à rester dans la mesure : chanter tout le temps, même quand les policiers ou les employés essaient de vous parler ça tend l’ambiance, rappelle Margaux, une des quatre formatrices. Cherchez toujours la solution qui fera le moins monter la pression.» A la fin de la journée, les formateurs font circuler une liste pour récupérer le contact de ceux qui voudraient se joindre aux actions prévues pour septembre. Chacun ou presque y laisse son nom. Avant de repartir, Florent, «apprenti militant», remercie une dernière fois l’assemblée. «Ça donne vachement envie. Maintenant, j’attends la mise en application.»

    (liberation.fr)

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