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  • Réforme de la SNCF : la France entre de plain-pied dans la grève

    Réforme de la SNCF

    Réforme de la SNCF : la France entre de plain-pied dans la grève

    03 avril 2018 21:30

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    Hostile aux projets du gouvernement pour la SNCF, le rail français est en grève. Une forme novatrice, intermittente, étalée sur trois mois. Seul un TGV sur huit devrait rouler ce mardi 3 avril 2018. Un sur dix dans le sud-est. Même chose pour les trains Intercités dans les régions. Un TER et un Transilien sur cinq sont annoncés, les situations variant en fonction de l'endroit.

    Sur l'ensemble des cheminots censés travailler ce mardi, un sur trois (33,9%) était en grève ce matin selon la direction de la SNCF, contre 35,4% le 22 mars dernier. Parmi les « agents indispensables à la circulation des trains », le taux de grévistes atteint 48% mardi matin, contre 36% le 22 mars. 44% des personnels d'exécution sont en grève, contre 40% des agents de maîtrise et 17% des cadres.

    Seul un TGV (train à grande vitesse) sur huit et un train régional sur cinq circulaient alors que le trafic international est relativement épargné, avec trois Eurostar sur quatre et une circulation quasi normale sur les Thalys vers la Belgique.

     

    A la gare de Lyon, c'est la pagaille

    A Paris, dans la gare de Lyon, la situation est compliquée, rapporte notre envoyé spécial William de Lesseux. Sur un quai bondé, une femme est même tombée sur les voies. Elle a pu être secourue par d'autres voyageurs et par les équipes de la SNCF. Plus tôt, ce sont des grévistes qui se sont mis sur les rails pour bloquer des trains qui ont finalement pu partir.

    Mais seuls quelques trains grandes lignes sont partis de la gare de Lyon ce mardi matin. Et pour les TER, c’est encore plus compliqué. Qu'il s'agisse de se rendre à Melun ou Corbeilles-Essonne, en grande banlieue parisienne, les trains partent pleins et les voyageurs sont excédés.

    Le secteur sud-est est le plus touché par la grève. Seuls quelques TGV circulent, et affichent complet jusqu’à jeudi quand ils ne sont pas supprimés. C’est ce qui est arrivé à Valérie, qui a voulu aller à Sète ce matin au départ de Paris. Cette infirmière soutient les cheminots mais pas dans leur méthode de mobilisation :

    « Nous, on ne soigne pas les gens deux jours sur cinq, explique-t-elle. Mon train à 8h07 a été supprimé. Le seul et unique, c’est 14h07. Donc je ne voulais pas le louper. C’est pour ça que je suis là, de bonne heure. J’ai l’habitude, je me lève à 5h, quand je bosse. Visite touristique gare de Lyon... C’est sympa ! »

    Selon elle, le mouvement engagé par les cheminots revient à « embêter les usagers ». « Honnêtement, c’est ce que ça fait, la grève à la SNCF. » Et de demander pourquoi « ne pas faire plutôt la gratuité des billets pour embêter le gouvernement, puisque ce sont eux qui sont visés ? »

    Des usagers aident une femme tombée sur les rails en raison de l'affluence sur le quai. Gare de Lyon, Paris, ce mardi 3 avril 2018.CHRISTOPHE SIMON / AFP

    La bataille de l'opinion est engagée

    La région parisienne a connu des embouteillages sur les routes et autoroutes. Mais ailleurs aussi, c'est la foire d'empoigne. Message sur Twitter d'un voyageur de l'ouest de la France à l'attention de la SNCF : « Vous êtes fou de faire stopper mon train dans toutes les gares. Les gens se battent pour monter. » Quelque 1 500 gilets rouges sont mobilisés pour informer les voyageurs.

    Les cheminots grévistes sont eux aussi près des voies pour faire de la pédagogie auprès des voyageurs en colère. Car c'est l'enjeu pour les syndicats : retourner une opinion pour le moment plutôt favorable à la réforme de l'entreprise, et obliger le gouvernement à faire des concessions.

    L'abandon de la méthode des ordonnances pour faire passer la réforme et la progressivité dans la mise en concurrence du rail français n'a pas suffi. Les grévistes veulent à tout prix défendre le statut des cheminots, qui aux yeux du gouvernement, sera un frein à la compétitivité par rapport aux rivaux en Europe.

    Ce statut protège 131 000 salariés. Excessivement, selon les défenseurs de la réforme, qui voudraient embaucher des contractuels, qui n'auraient donc pas la garantie de l'emploi. Le spectre d'une privatisation inquiète les grévistes, qui soupçonnent une manœuvre cachée de la part du gouvernement.

    Pour les organisations représentatives (CGT, Unsa, SUD, CFDT), la réforme « vise à détruire le service public ferroviaire par pur dogmatisme idéologique ». Dans leur viseur : la suppression de l'embauche au statut, l'ouverture à la concurrence et la transformation de la SNCF en société anonyme.

    Le gouvernement n'entend pas reculer

    Dans ce climat de défiance, la Confédération générale des travailleurs (CGT-cheminots) accuse la direction de l'entreprise de vouloir pousser les grévistes à la faute. « Oui, la situation pourrait dégénérer, prévient son secrétaire général, même si on espère garder notre calme. »

    Haziz Alam, adhérent SUD Rail et conducteur de train, appelle au micro de RFI les voyageurs à comprendre le mouvement : « L’ouverture à la concurrence, ce sera moins de trains et une qualité bien moindre, comme cela s’est passé dans le monde entier là où il y a eu l’ouverture à la concurrence avec les chemins de fer. Quand l’ouverture va se faire, ce sera la rentabilité avant tout et ce ne sera plus un service public. »

    Pour l'heure, les usagers sont invités à trouver des solutions de repli : télétravail, covoiturage, etc. La plupart des entreprises ont demandé à leurs employés de prendre leurs dispositions. Certaines ont pris les choses en main et fait appel à des services de véhicules privés.

    Ce matin sur RMC et BFMTV, la ministre des Transports Elisabeth Borne assure que le gouvernement « tiendra bon, dans l'écoute, dans la concertation, dans le dialogue ». Elle rencontrera les syndicats jeudi au sujet de l'ouverture à la concurrence, la dette et le cadre social. Et de rappeler qu'elle propose déjà deux mois de concertation et des avancées sur l'ouverture à la concurrence.

    Qu'à cela ne tienne, constate la ministre, « les syndicats ne bougent pas » et « répètent qu'ils veulent un mouvement long ». Et ce alors que cette mobilisation sociale s'ajoute à celle des salariés d'Air France, qui réclament une augmentation générale des salaires de 6%, et que des arrêts de travail sont aussi prévus dans les secteurs de l'énergie et du ramassage des déchets.

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