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    Internationale

    Malgré le coronavirus, Donald Trump repart en campagne

    20 juin 2020 21:30

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    Le rassemblement organisé à Tulsa suscite les critiques de l'opposition. Pour Trump, l'enjeu est de taille car il est à la peine dans les sondages.

    La situation politique, outre-atlantique, n'apparaît guère plaisante pour le président républicain, qui, en plus des difficultés à endiguer l'épidémie de coronavirus, doit affronter la colère du mouvement «Black Lives Matter» qui a pris une ampleur inédite à la suite de la mort de George Floyd. Si l'on ajoute à cela des sondages qui tournent clairement à l'avantage de son rival démocrate, Joe Biden, rien ne semble aller pour Donald Trump.

    C'est dans ce contexte que le locataire de la Maison-Blanche, qui vise sa réélection lors des élections du 3 novembre prochain, lance sa campagne ce samedi et tente de se relancer en organisant son premier meeting à l'ère du coronavirus. Pour le président américain, c'est une sorte de déconfinement politique : il devrait pouvoir retrouver devant des dizaines de milliers de personnes les estrades qu'il aime. «Ma campagne n'a pas encore commencé. Elle démarre samedi soir, dans l'Oklahoma», a annoncé sur Twitter Donald Trump.

    Le «Jour 0» de cette campagne pourrait néanmoins ne pas être de tout repos. Entre «Trumpistes» et manifestants antiracistes, jusqu'à 100.000 personnes sont attendues à Tulsa, dans cet État conservateur du sud des États-Unis. Et la tension pèse sur la ville, où l'on craint les débordements autour de ce moment marqué par une triple polémique.

    La première est sanitaire. Organiser un meeting, c'est prendre le risque d'accélérer la diffusion du virus alors que l'Oklahoma connaît justement une poussée des cas détectés. Les États-Unis vivent certes depuis plusieurs semaines au rythme des manifestations, ce qui n'est guère bon non plus pour la propagation de l'épidémie, mais une difficulté s'ajoute ici : il ne s'agit pas d'un rassemblement en plein air, mais d'une réunion dans une salle couverte, le BOK Center, où vont se presser quelque 20.000 personnes. Or, le virus se porte mieux dans des environnements clos. Les organisateurs prendront la température des participants et distribueront du gel désinfectant ainsi que des masques. Ce pourrait ne pas être suffisant, selon l'expert en maladies infectieuses de la Maison-Blanche, Anthony Fauci, qui a été clair: se rendrait-il à un tel événement ? «Bien sûr que non».

    La deuxième polémique est mémorielle. Alors que les opinions se polarisent de plus en plus violemment aux États-Unis sur la question des violences «raciales», Donald Trump a d'abord choisi pour son premier meeting la date du vendredi 19 juin, date du «Juneteenth» commémorant l'émancipation des derniers esclaves aux États-Unis. Comme chaque année en ce jour, des rassemblements ont eu lieu vendredi à travers tout le pays, mais ils prennent cette année une dimension particulière, étant donné le contexte que connaît le pays depuis la mort de George Floyd.

    Une concomitance de dates entre le «Juneteenth» et le meeting de Donald Trump qui est une «vraie gifle», selon le responsable local du mouvement «Black Lives Matter». Pris sous le feu des critiques venant de l'opposition, Donald Trump a finalement décidé de repousser son meeting d'un jour, ce samedi. Mais l'endroit ne fait pas non plus consensus car la ville de Tulsa a été le lieu du massacre de jusqu'à 300 Afro-Américains par une foule blanche, en 1921. Là encore, l'opposition crie à la provocation.

    La troisième polémique est sécuritaire. Les revirements autour d'un couvre-feu décrété puis annulé par le maire républicain de la ville ont ajouté à la controverse. Pour justifier la décision de l'imposer, le maire G. T. Bynum avait pourtant souligné avoir reçu des informations selon lesquelles des individus liés à des groupes «impliqués dans une attitude violente et destructive» prévoyaient de «causer des troubles». Le président Trump avait d'ailleurs menacé les «manifestants, anarchistes, agitateurs, pillards et les voyous qui vont dans l'Oklahoma».

    Communion avec sa base

    Sur place, les soutiens du président américain sont extrêmement motivés et peu sensibles à ces polémiques. À propos de la proximité avec le «Juneteenth», Tammy Willard, coiffeuse venue en famille de Wichita, dans l'Arkansas voisin, pour le meeting, a déclaré à l'AFP que Donald Trump «a déplacé la date par respect pour eux et ils ne sont pas reconnaissants». «Comment ça se fait qu'ils ne se soient pas plaints des manifestations, des émeutes et des obsèques de George Floyd?», ajoute cette femme handicapée de 52 ans, arrivée mercredi, cette fois-ci pour répondre aux critiques sur les risques sanitaires.

    Pour Trump le tribun, les grandes rencontres sont une bouffée d'oxygène. Un moment réconfortant de communion avec sa base, dont la fidélité constitue un filet de sécurité électoral. Affirmant qu'un million de personnes avaient réclamé des billets, Donald Trump a déclaré qu'environ 40.000 pourraient aussi assister au meeting dans une salle de congrès voisine.

    Les participants devront signer un document disant qu'ils renoncent à toute poursuite si jamais ils attrapent le virus au cours du week-end. Stephen Corley, 19 ans, s'est dit plus inquiet des manifestations de «gauchistes extrémistes» et autres «émeutiers» que du Covid-19. Il portera toutefois un masque lors du meeting si on lui en fournit un «et que c'est obligatoire«. »Je ne vais pas laisser passer la chance de ma vie (...) de voir Trump en refusant de porter un masque», explique-t-il.

    Pour le président américain, ce lancement de campagne est un défi de taille car il est donné perdant dans tous les sondages face au candidat démocrate, Joe Biden. Malgré sa campagne mise en sourdine par le confinement, l'ancien vice-président de Barack Obama, 77 ans, a même récemment pris le large, devançant largement son adversaire de 74 ans. Un sondage Reuters-Ipsos donne même un écart de 13 points entre les deux candidats. Plus généralement, l'agrégateur de sondages RealClearPolitics estime quant à lui l'écart moyen à 8,8 points, avec 50,1% pour Biden et 41,3% pour Trump.

    Dénonçant la gestion de la crise sanitaire par son opposant, Joe Biden ne manque pas de rappeler que lui respecte strictement les consignes des autorités sanitaires. Il n'a d'ailleurs pas organisé de meeting depuis début mars. Ce qui lui vaut les moqueries du président qui accuse «Joe l'endormi», comme il le surnomme, de se cacher car il manquerait d'énergie.

    Des petites phrases qui rappellent le ton de la campagne de 2016 quand Donald Trump, candidat alors inattendu, avait créé la surprise en s'imposant avec son style vindicatif et assumé. Reste à savoir si la même formule fonctionnera en 2020 : cette fois-ci, le président n'a pas le statut d'outsider, mais de challenger.

     

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