Radio One Logo
  • Modi, le tout-puissant

    Internationale

    Modi, le tout-puissant

    25 mai 2019 20:00

    22 vues

    « La haine mobilise », affirme sans scrupules Steve Bannon, idéateur de la victoire de Donald Trump en 2016, dans le documentaire The Brink. Or, cette méfiance à l’égard de l’autre, qui enfle un peu partout, a forcément joué dans la victoire du premier ministre sortant Narendra Modi aux élections générales indiennes, dont les votes ont été comptés jeudi. En attendant les résultats du scrutin européen de ce week-end, M. Bannon pourra facilement soutenir que le succès de M. Modi et de son BJP (Parti du peuple indien) s’inscrit dans la « révolution » nationale-populiste dont il fait activement la promotion.

    En l’occurrence, M. Modi ne s’est pas privé d’exciter les sentiments antimusulmans et anti-pakistanais de la majorité hindouiste tout en faisant de ces élections un référendum sur son auguste personne. Résultat : le BJP a décroché une majorité absolue plus imposante encore qu’en 2014. On croyait dans les années 2000 que l’immense et complexe démocratie indienne était entrée dans l’ère obligée des gouvernements de coalition. La tendance a été contredite une première fois il y a cinq ans par le tsunami électoral qui a anéanti l’historique parti du Congrès, elle l’est encore une fois avec les résultats annoncés jeudi.

    Il est tout de même déconcertant que M. Modi soit à nouveau plébiscité malgré le fait qu’il a fort mal tenu ses promesses d’emplois et de développement. Soit, l’opposition incarnée par Rahul Gandhi était décrédibilisée. Reste que ses « Modinomics » n’ont pas fait de miracle, d’autant moins qu’il s’est livré à un exercice malavisé de démonétisation des billets de roupies en 2016. Le pays traverse aujourd’hui une crise agricole grave et le chômage des jeunes restes aigus — dans un contexte où la moitié des 1,3 milliard d’habitants ont moins de 25 ans. Pour autant, cela n’a entamé ni son ascendant ni sa popularité.

    À l’écrivain André Malraux, l’ancien premier ministre Jawaharlal Nehru, père occidentalisé de l’indépendance de l’Inde, a déjà dit que l’un de ses plus grands défis était de « créer un État séculier dans un pays religieux ». L’idée de laïcité — de sécularisme, disent les Indiens — a toujours été au fondement du projet national, malgré les manipulations et les épisodes de violence interreligieuse.

    Cette défense de la laïcité, fût-elle ambiguë, vole en éclats avec M. Modi, qui a mis au pouvoir une idée plus hindouiste que citoyenne et multiculturelle de l’identité indienne. Les attaques contre la minorité musulmane, mais aussi contre la minorité chrétienne, se sont multipliées, avec des dizaines de morts à la clé, sans que le premier ministre les dénonce. Sale climat social qui fait que des journalistes, des féministes et des intellectuels font aussi les frais de cet ultranationalisme religieux. Le spécialiste Christophe Jaffrelot le résume en affirmant que M. Modi met en place une « démocratie ethnique ».

    Sale climat social qui fait que ce gouvernement fait l’impasse sur des problèmes autrement plus réels — comme celui de l’environnement. Dans le seul domaine de l’eau, l’Inde fait face à la pire crise de son histoire. On calcule que, dès l’année prochaine, 21 grandes villes du pays auront épuisé leurs réserves d’eaux souterraines… C’est la catastrophe écologique qu’il faut craindre, pas les musulmans.

    Source : Guy Taillefer/ledevoir.com

Laissez-nous vos commentaires

blank image

Du Côté De Chez Vous

© 2016 - 2019 Radio ONE - Conçu par Tryangle

Nos fréquences

  • CENTRE

    100.8 FM

  • NORD

    101.7 FM

  • SUD

    102.4 FM

  • equalizer
  • ECOUTER
    LE DIRECT