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    Zimbabwe

    Zimbabwe : Robert Mugabe, de héros à despote

    16 nov. 2017 20:00

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    Accueilli en 1980 en héros de l'indépendance loué par l'Occident, le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète a été placé mercredi en détention par l'armée, après plus de trente-sept ans d'un pouvoir sans partage qui a ruiné son pays.

    Et pourtant. Lorsqu'il a pris les rênes de l'ex-Rhodésie dirigée par la minorité blanche, Robert Mugabe a séduit.

    Sa politique de réconciliation, au nom de l'unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même leur chef, Ian Smith, à rester au pays.

    Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant: construction d'écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire.

    Très tôt pourtant, le héros a la main lourde contre ses opposants.

    ‘Dictateur’

    Dès 1982, il envoie l'armée dans la province "dissidente" du Matabeleland (sud-ouest), terre des Ndebele et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. La répression, brutale, fait environ 20.000 morts.

    Mais le monde ferme les yeux. Il faudra attendre les années 2 000, ses abus contre l'opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire pour que l'idylle s'achève.

    Affaibli politiquement, déstabilisé par ses compagnons d'armes de la guerre d'indépendance, Robert Mugabe décide de leur donner du grain à moudre en les lâchant contre les fermiers blancs, qui détiennent toujours l'essentiel des terres du pays.

    Des centaines de milliers de Noirs deviennent propriétaires, mais au prix de violences qui contraignent la plupart des 4.500 fermiers blancs à quitter le pays et font la "une" des médias occidentaux.

    Le petit homme aux épaisses lunettes incarnait la réussite d'une Afrique indépendante. Il rejoint alors définitivement le rang des parias, ce dont il s'accommodera bien volontiers.

    Dans des diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l'Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

    Santé fragile

    Dans les dernières années de sa vie, il balaie de la même façon les spéculations sur son état de santé. La rumeur le dit malade d'un cancer, son entourage explique ses fréquents séjours à Singapour par le traitement d'une cataracte.

    Malgré ces assurances, sa santé décline. En 2015, il est surpris à prononcer le même discours d'ouverture de la session parlementaire que l'année précédente.

    Les photos de ses siestes pendant les réunions internationales n'en finissent plus de faire rire la planète.

    Ses adversaires le soupçonnent d'être tombé sous la coupe de sa deuxième épouse Grace. L'ancienne secrétaire est devenue de plus en plus ambitieuse et s'invite dans la course à sa succession.

    Elle obtient de son mari la tête de la vice-présidente Joyce Mujuru en 2014, puis celle du vice-président Emmerson Mnangagawa il y a quelques jours. Le limogeage de trop, puisque c'est celui qui convainc l'armée de se débarrasser du vieux président.

    Né le 21 février 1924 dans la mission catholique de Kutama (centre), Robert Gabriel Mugabe est décrit comme un enfant solitaire et studieux, qui surveille son bétail un livre à la main.

    Il caresse un temps l'idée de devenir prêtre. Il sera enseignant.

    Soif de pouvoir

    Séduit par le marxisme, il découvre la politique à l'université de Fort Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. En 1960, il s'engage dans la lutte contre le pouvoir rhodésien, blanc et ségrégationniste.

    Arrêté quatre ans plus tard, il passe dix années en détention, qui lui laissent un goût amer: les autorités lui refusent d'assister aux obsèques du fils de 4 ans que lui a donné sa première femme, Sally Hayfron, morte en 1992.

    Peu après sa libération, il trouve refuge au Mozambique voisin, d'où il prend la tête de la lutte armée, jusqu'à l'indépendance de son pays et son arrivée au pouvoir.

    Tout au long de son parcours, il fait preuve d'une détermination et d'une intelligence sans faille.

    Malgré les critiques, il a toutefois gardé jusqu'au bout son aura de libérateur chez ses voisins africains. Dans la capitale namibienne Windhoek, la longue avenue Robert Mugabe coupe l'avenue Nelson Mandela, prix Nobel de la paix et icône, lui, mondiale.

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