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    Shanghaï: Des prisonniers envoient un appel au secours dans une carte de Noël

    25 déc. 2019 20:00

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    « Nous sommes des prisonniers étrangers de la prison de Qingpu à Shanghaï. Forcés de travailler contre notre gré. » C’est le message qu’une fillette anglaise de 6 ans, Florence Widdicombe, a trouvé dans une carte de vœux achetée par sa mère, la semaine dernière, dans un supermarché Tesco de Londres. Le message, écrit à la main, en anglais et en lettres capitales, demandait de contacter une « organisation des droits de l’homme » ainsi qu’un certain « Peter Humphrey ».

    Des objets « made in China » achetés par des consommateurs occidentaux ont à plusieurs reprises, dans le passé, recelé des appels à l’aide émis par des prisonniers chinois. En 2017, une carte de vœux achetée chez Sainsbury’s, une chaîne de supermarchés britannique, stipulait, en écriture manuscrite et en chinois, le lieu de fabrication de la carte : un atelier d’une prison de Canton. Mais c’est la première fois que des « prisonniers étrangers » en seraient les auteurs.

    La pratique du travail forcé – payé à de très bas salaires – est généralisée dans le système pénitentiaire chinois actuel, selon le principe de réforme de l’individu par le travail au cœur du laogai (réforme par le travail) et du laojiao (rééducation par le travail), officiellement abolis, respectivement en 1994 et 2013, mais dont le système actuel a gardé certaines caractéristiques. Les prisonniers étrangers y sont en principe rarement soumis, ce qui pourrait commencer à changer dans le climat actuel de défiance vis-à-vis de l’Occident. C’est l’avis de Peter Humphrey, le Britannique dont le nom est mentionné dans l’appel à l’aide et qui a révélé l’affaire dans un article publié par le Sunday Times après avoir été contacté par la famille Widdicombe.

    Aveux forcés

    Cet ancien journaliste de Reuters en Chine dirigeait, avec son épouse chinoise, une agence de conseil en risques à Shanghaï jusqu’à son arrestation, en 2013, pour « obtention illégale d’information sur un citoyen chinois ». Il enquêtait alors pour le compte du bureau de Shanghaï de la multinationale anglo-américaine GlaxoSmithKline (GSK) sur la source présumée d’une vidéo du patron anglais de GSK en Chine prise à son insu, à son propre domicile, lors d’ébats sexuels avec sa petite amie chinoise.

    Le géant pharmaceutique était alors accusé par les autorités de régulation chinoises de corrompre des médecins et des hôpitaux. Peter Humphrey s’était intéressé d’un peu trop près à une ancienne responsable chinoise de GSK chargée des contacts avec le gouvernement chinois – et dont les relations en haut lieu lui permirent manifestement d’obtenir son arrestation. Il passa deux ans et demi en prison sur la foi de ce qu’il a décrit comme « des accusations bidon qui ne furent jamais examinées par un tribunal » avant de dénoncer, à son retour au Royaume Uni, les aveux forcés qu’il avait dû faire à la télévision chinoise.

    Lui-même n’a jamais été obligé de travailler durant sa détention, mais a expliqué à la BBC que le message venait sans doute « d’un des codétenus qui partageait [sa] cellule » à Shanghaï, dont il ne pouvait « révéler le nom ».

     

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