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    Justice

    Justice : Les vérités sur l’héritage Hallyday

    15 mars 2018 11:00

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    Après la guerre médiatique, la bataille judiciaire. Ce jeudi après-midi, au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), toutes les parties impliquées dans l’héritage de Johnny Hallyday - de sa famille à sa maison de disques en passant par la Sacem - se retrouvent pour un premier round judiciaire dit en référé. Une procédure d’urgence pour geler ou non le patrimoine de la star défunte et obtenir un droit d’écoute sous 48 heures de son ultime album.

    Laura Smet et David Hallyday, qui contestent le dernier testament, seront-ils présents ? Sauf surprise, non. Mais les médias viendront en force. Plus d’une centaine d’accréditations de journalistes ont été enregistrées par le tribunal de Nanterre qui « n’a jamais connu une telle affluence » et a mis en place un dispositif exceptionnel pour accueillir public et professionnels.

    Demande de renvoi

    Dans quel état d’esprit sont les deux parties ? « On a le mauvais rôle jusqu’à présent, reconnait-on dans le camp de Laeticia. Mais on entre maintenant dans la vérité des chiffres, des documents et des faits. Et tout le monde va voir que Laeticia voulait que tout se passe bien et n’a jamais eu d’autres intentions que de protéger l’avenir de ses filles. Toutes les guitares et les motos, ça ne l’intéresse pas. »

    Dans le camp de Laura, on assure aussi ne pas vouloir « la guerre pour la guerre ». « On a gagné la bataille de l’image. Il faut tous sortir la tête haute, assure un de ses conseils. Laeticia devrait être plus magnanime face à son ex-belle fille et son ex-beau fils ». Ces paroles d’apaisement seront-elles suivies d’effets ? Vu le contexte ultra-tendu en coulisses, on peut en douter.

    Premiers éléments de réponse à 14h30 lors d’une audience technique transformée en événement national. Ou pas. Ce mercredi soir, on apprend que les avocats de David allait finalement demander le renvoi du dossier à une date ultérieure. Une requête qui sera examinée ce jeudi en début d’audience.

    En dix questions, sur ce que l’on sait jusque-là.

    1. Pourquoi David et Laura ont-ils assigné Laeticia ?

    Le litige porte sur la succession de Johnny. Fin janvier, près de deux mois après le décès de leur père, David et Laura découvrent qu’ils ne figurent pas dans le testament rédigé par la star en avril 2014 à Marnes-la-Coquette. En se référant explicitement à la loi américaine qui permet de déshériter ses enfants, le rocker a tout légué à sa dernière épouse Laeticia. Écœurés, les deux aînés, assistés par Mes Ravanas, Sur et Temime, annoncent publiquement le 12 février qu’ils contestent ce testament devant la chambre civile en charge des successions du tribunal de grande instance de Nanterre.

    « Johnny n’avait pas le droit de se soumettre à une autre loi que celle de la France. Le testament est frappé d’un vice de nullité », développent les avocats. La guerre est lancée sur deux fronts : juridique et médiatique. Le clan Laeticia n’est pas en reste puisqu’il laisse filtrer quelques jours plus tard que Johnny a en fait rédigé un autre testament en juillet 2014, aux Etats-Unis cette fois et qui révoque tous les testaments antérieurs. Mais les deux documents disent au final la même chose : ils invoquent le droit américain pour exclure David et Laura de la succession.

    2. Quel est l’enjeu de l’audience de ce jeudi ?

    Les débats de ce jeudi après-midi ne porteront pas sur le fond du conflit. Le tribunal a été saisi en référé, c’est-à-dire en urgence, par David et Laura pour obtenir le gel du patrimoine de la star dans l’attente du règlement de la succession parti pour durer. L’assignation vise donc en premier chef Laeticia. « Jade et Joy sont également visées mais nous n’avons évidemment rien contre elles, précise-t-on dans l’entourage des deux premiers enfants du chanteur. C’est purement formel car nous sommes obligés d’assigner tous les héritiers. »

    La procédure cible également la société civile immobilière (SCI) qui gère une partie du patrimoine immobilier du rockeur. « On ne comprend pas vraiment pourquoi une telle urgence, réagit-on dans le camp de Laeticia. La villa de Marnes-la-Coquette n’est plus en vente, sauf proposition exubérante. Il n’est pas envisageable de vendre la maison de Saint-Barth, ni celle de Los Angeles où elle habite avec ses deux filles. »

    Laura et David assignent enfin Warner, le label de l’artiste, pour obtenir un droit de regard sur l’ultime disque de leur père ainsi que toutes les sociétés qui gèrent ses droits artistiques, dont la Sacem, afin que les sommes que pourraient toucher ses héritiers soient mises sous séquestre. L’ensemble porte sur 1 160 œuvres.

    3. Pourquoi les clans s’écharpent ?

    Une image des obsèques à la Madeleine revient en mémoire Celle de Laeticia Hallyday et ses filles Jade et Joy arrivant avec le corbillard alors qu’au pied de l’église les attendent David et Laura et leurs mères Sylvie Vartan et Nathalie Baye. Deux jours plus tard à Saint-Barthélemy, l’enterrement a lieu sans les deux premières femmes de l’idole des jeunes. Et Laura et David s’y rendent par leurs propres moyens. Sur les photos officielles, tout le monde est uni par le deuil. Comme sur les photos d’avant lorsque Johnny était encore là.

    Car si les relations entre les différentes familles de la star ont eu des hauts et des bas, tous avaient intérêt à donner l’image d’une famille unie. Depuis, les fractures sous-jacentes sont apparues au grand jour et les deux camps sont irréconciliables. Revenue à Los Angeles, Laeticia s’est dite « écœurée ». « Les attaques dont elle a fait l’objet, cette image de veuve noire, l’accuser d’avoir influencé Johnny, ses filles qui ont été victimes d’insultes racistes jusque dans leur école, elle est en mode autoprotection, résume une amie. Elle ne lâchera rien. »

    Dans leur communication officielle, Laura et David, meurtris, jouent sur la corde affective. « S’il en était ainsi (NDLR : si elle était déshéritée), son père ne lui aurait rien laissé : ni bien matériel, ni prérogative sur son œuvre artistique, ni souvenir – pas une guitare, pas une moto, et pas même la pochette signée de la chanson Laura qui lui est dédiée », souligne le premier communiqué des conseils de Laura.

    4. Combien Johnny a-t-il rédigé de testaments et pourquoi ?

    Au gré de la recomposition de sa famille et de ses états d’âme, le chanteur a modifié à six reprises ses dernières volontés. Les trois premiers testaments (1997, 2006 et 2007) s’inscrivent totalement dans le droit français. Celui signé en Suisse en 2011 est plus ambigu mais n’écarte pas David et Laura. Le changement opère à partir de 2014. Celui d’avril est sommaire et tient sur une page manuscrite. Le document signé en Californie trois mois plus tard devant un officier d’état civil américain s’inscrit dans une démarche plus globale.

    Même si, formellement, c’est bien ce qui s’est produit, le clan Laeticia conteste que Johnny ait pu « déshériter » ses deux aînés compte tenu des aides qu’il leur a apportées de son vivant. « Laura a pu acquérir son appartement de 107 m2 à Saint-Germain-des-Près grâce à l’apport de son père qui lui versait également de l’argent tous les mois depuis 2004, développe une source proche de Laeticia. Quant à David, contrairement à ce que peut dire Sylvie Vartan, Johnny lui a bien donné en 2002 la pleine propriété de la moitié des parts de la propriété Villa Montmorency (Paris XVIe). » David et Laura soutiennent eux que le compte n’y est pas.

    5. Comment Johnny a-t-il préparé sa succession ?

    En 2011, le rocker décide de mettre de l’ordre dans son patrimoine et prend attache avec le cabinet d’avocat d’affaire de Me Ardavan Amir-Aslani à Paris. L’idée est de faire un audit de ses revenus, de ses participations mais aussi de ses dettes, notamment fiscales. Trois ans plus tard, il se penche à nouveau sur sa succession.

    « C’est le crash de l’avion de la Malaysia Airlines en mars 2014 (NDLR : le MH370 disparu avec 239 passagers à bord) qui a provoqué une prise de conscience chez Johnny et Laeticia, raconte un intime. À l’époque, tous les deux voyagent beaucoup. Ils veulent organiser au plus vite la protection de leurs filles en cas de disparition. » Tout est finalisé le 11 juillet aux États-Unis. « Ce jour-là, il signe non seulement son ultime testament mais aussi un nouveau contrat de mariage spécifique aux États-Unis, un mandat de protection futur pour Jade et Joy et met en place un trust pour la gestion de son patrimoine », révèle un proche.

    Qu’est-ce qu’un trust ? Aux États-Unis, c’est un outil de gestion répandu qui a le triple avantage de simplifier l’héritage, de supprimer les droits de succession et de s’assurer que la fortune ne pourra être dilapidée. C’est une personne morale qui le gère. Selon nos informations, Bank Of America, la plus grande banque outre-Atlantique, serait en passe d’en devenir le gestionnaire.

    6. Quel est son patrimoine ?

    Difficile de donner un chiffrage très précis. Johnny possédait au moins trois biens immobiliers : la villa Savannah de Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), la maison sur l’île de Saint-Barth (mais pas le terrain), qui était détenue à parts égales entre le chanteur et sa dernière épouse, et enfin son domicile de Los Angeles dans le quartier huppé de Pacific Palisades, auquel il faut ajouter un appartement acquis dans la Cité des Anges, il y a une dizaine d’années. « La villa de Marnes-la-Coquette a été estimée par le passé à 7 millions d’euros mais Johnny en voulait au moins 20. C’est pour ça qu’elle n’a jamais été vendue », relate un proche du chanteur.

    Son chalet de Gstaad en Suisse a lui été vendu en mai 2015 pour environ 10 millions de francs suisses (8,5 millions d’euros). « Sans plus-value », promet un intime. À cela il faut bien évidemment ajouter tous les droits artistiques, passés et futurs, du plus grand chanteur français qui a compilé durant toute sa carrière entre 3 000 et 4 000 enregistrements, live compris. Une manne qui rapporterait de 1 à 2 millions d’euros par an selon un ancien collaborateur. Il y a enfin tous les biens accumulés par le rocker : ses dizaines de guitares, ses voitures de collection, ses motos mais aussi ses costumes de scène qu’il avait l’habitude de conserver.

    À tout cela il faut retrancher des dettes fiscales évaluées à 9 millions d’euros. D’après le clan Laeticia, l’ensemble donne un patrimoine net compris entre 20 et 30 millions d’euros. Un calcul contesté par les deux premiers enfants de Johnny qui le considèrent très sous-estimé.

    7. Johnny était-il résident français ou américain ?

    C’est une question centrale. Les avocats de David et Laura rappellent qu’en vertu d’un règlement européen de 2012, la notion de « résidence habituelle » est celle qui détermine le droit applicable à la succession. Pour se prononcer, le texte précise qu’il faut « procéder à une évaluation d’ensemble des circonstances de la vie du défunt au cours des années précédant son décès et au moment de son décès » en tenant compte du « lien étroit et stable avec l’État concerné ».

    Tout est donc une question d’interprétation et là, les deux camps s’opposent. « Où Johnny a-t-il fait sa carrière ? D’où proviennent ses revenus ? Où sont nés ses enfants ? Où a-t-il été enterré ? Où a-t-il bénéficié d’un hommage national, égrène-t-on du côté de David et Laura. Évidemment c’est en France. »

    Autant d’arguments balayés par la partie adverse. « Johnny vivait aux États-Unis depuis plus de dix ans. Il était résident fiscal américain et, avec Laeticia, ils possédaient la green card (NDLR : la carte verte qui permet aux étrangers d’être résident américain) depuis 2014, insiste un proche du couple. Sauf à être aveugle, son quotidien était donc en Amérique. »

    8. Quel est le rôle de la famille de Laeticia Hallyday ?

    C’est dans la discothèque de son père André Boudou à Miami, où elle vit alors, que Laeticia rencontre en 1995 Johnny, alors en pleine déprime. Coup de foudre. Ils se marient en 1996. André Boudou l’entraîne dans ses affaires, de la vente de cuvée de rosé Johnny à l’ouverture d’une discothèque à Paris. Mais tout ne se passe pas bien. À tel point qu’en 2011, Johnny évince André Boudou de son entourage.

    La mère divorcée de Laeticia, Fabienne Thibault, le frère Grégory, tombé amoureux de la nounou de Jade et Joy, et surtout la grand-mère Elyette, surnommée « Mamie Rock » par Johnny, restent dans le sérail. Pour des questions de « commodité pratique pour les signatures », cette dernière est nommée gérante des quatre sociétés de Johnny. « Mais elle n’a évidemment aucun pouvoir. C’est Johnny et Laeticia qui décidaient de tout ». Trois d’entre elles seraient en voie de cessation de paiement. Ne resterait que la principale, Pimiento Music, qui gère les droits sur l’image et les chansons.

    La présence de Grégory et Elyette Boudou sur le testament américain, en qualité d’« executor/executrix », alors que Laura et David n’y sont pas, a choqué. « Cette qualité d’exécuteur testamentaire ne leur donne aucun droit ni bénéficie, décrypte un juriste. C’est le trust qui gère en bon père de famille. » En revanche, Grégory et Elyette Boudou se sont vus confier par Laeticia et Johnny le mandat de protection future de leurs filles. Si Laeticia décède, ils deviendront les protecteurs légaux de Jade et Joy.

    9. Et le nouvel album de Johnny ?

    On utilise parfois le terme d’album posthume, ce qui est impropre car le 51e album de Johnny a été composé, écrit et enregistré de son vivant et avec lui. Il l’a été avec la dernière équipe de musiciens qui l’accompagnaient en studio et sur scène - à commencer par Maxim Nucci à la production et Yarol Poupaud à la direction artistique - est aujourd’hui finalisé.

    « Il compte dix nouvelles chansons, nous assure une source proche de Laeticia Hallyday. Au départ, il devait comporter treize titres, mais Johnny n’en a validé que dix. Il a d’ailleurs été d’ores et déjà rémunéré pour ces dix chansons par Warner. »

    Plus l’album avançait, plus le cancer du poumon de Johnny s’étendait. Mais de l’avis de ceux qui ont participé à ses sessions d’enregistrement en septembre 2017 au studio Guillaume Tell de Suresnes, sa voix était « particulièrement puissante, impressionnante, émouvante ». Selon BFM TV, l’album contiendrait trois ballades et des titres intitulés « Pardonne moi », « Back in LA » écrite par Miossec ou encore « J’en parlerai au diable ». Contacté, le label Warner ne confirme rien. Ni que ce 51e album devait initialement être dévoilé le 15 juin, jour anniversaire de Johnny. Aujourd’hui, évidemment, sa sortie est suspendue à la décision de la justice.

    10. Qu’est-ce que le droit moral ?

    Laura et David réclament un droit moral sur l’ultime album de leur père. Le droit d’auteur, loi de 1936 votée pour protéger les artistes, réunit les droits patrimoniaux et le droit moral. « Le droit moral ne défend pas les intérêts économiques mais la création de l’auteur. C’est le respect de l’intégrité de l’œuvre, explique une avocate spécialisée dans la propriété intellectuelle.

    « C’est en gros le droit d’autoriser et d’interdire l’exploitation des œuvres d’un artiste, explique une autre avocate spécialisée dans la musique. Tel titre peut-il être utilisé dans une pub, un film, un album de reprises, un spectacle ? Le droit moral, c’est quasiment du quotidien pour l’œuvre d’une star de la trempe de Johnny, même si dans son cas, c’est compliqué car il n’est la plupart du temps qu’interprète. En droit moral, ce sont les auteurs et compositeurs qui sont les premiers concernés et ils devront évidemment être consultés dans cette affaire. »

    Source : leparisien.fr

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