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    Etats-Unis : Facebook dévoré par son ambition

    11 avril 2018 23:00

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    «Ce n’est pas le meilleur produit qui gagne: c’est le produit que tout le monde utilise.» C’est Andrew Bosworth, cadre chez Facebook, qui a posté ces mots sur le réseau interne de la société; le message a fuité, et BuzzFeed l’a publié.

    «La triste vérité», selon Bosworth, est que Facebook a pour mission de «connecter les gens»; la croissance est la pierre angulaire du réseau social. La firme et ses employés doivent donc poursuivre cet objectif sans relâche –et ce au prix potentiel de la vie de certains utilisateurs. Il aurait écrit le message en question au lendemain de la mort d’un homme, abattu à Chicago en direct sur Facebook Live.

    Bosworth a supprimé le message depuis sa publication par BuzzFeed, affirmant qu’il ne reflétait pas ses convictions personnelles et qu’il avait pour seul but de susciter un débat au sein de la firme. Le PDG Mark Zuckerberg a pris ses distances avec ce mémo interne de 2016: «La majorité des employés de Facebook, moi compris, sont en profond désaccord avec ce texte». Depuis, un débat ferait rage au sein de l’entreprise. Sujets principaux: la fuite du texte de Bosworth, sa décision de le supprimer après la publication, et –visiblement dans une moindre mesure– les interrogations de taille que soulève cette affaire au sujet de Facebook –son éthique, son modèle commercial, son impact sur le monde.

    Sale temps pour la Silicon Valley

    Les cadres de Facebook et ceux d’autres sociétés de la Silicon Valley peuvent condamner publiquement le mémo de Bosworth autant qu’ils le voudront. Reste qu’il est loin d’être la première personne à formuler un tel point de vue: Fred Vogelstein (Wired) rappelle ainsi que Zuckerberg et compagnie avaient pour habitude d’achever les réunions générales du vendredi par un cri à l’unisson: «Domination!». La «triste vérité» de Bosworth est d’autant plus d’actualité que Facebook, fleuron du secteur de la tech, vient de vivre plusieurs semaines catastrophiques. Facebook, Uber, Tesla et les autres vont bientôt devoir rendre des comptes: loin d’être un bug, l’imprudence avec laquelle ils se sont comportés semblent bien avoir fait partie intégrante de leur stratégie à succès.

    L’époque est aujourd’hui à la contrition. Facebook tente de minimiser l’importance du plaidoyer de Bosworth pour la croissance à tout prix; pendant ce temps, le nouveau PDG d’Uber confesse que son entreprise a fait preuve d’une obsession coupable pour la croissance (elle fait face aux retombées d’un accident mortel impliquant l’un de ses véhicules autonomes). Quant au constructeur automobile Tesla, il fait lui aussi face aux conséquences d’un crash mortel: le Model X accidenté en Californie était équipé de sa technologie Autopilote –et l’entreprise a révélé que ce système de conduite automatique était actif au moment de la collision. Lorsque le communiqué est tombé, le cours son action était déjà en chute libre (la société ne parvenant pas à respecter ses délais de production pour le moins ambitieux). Le PDG, Elon Musk, a quant à lui déclaré que la société faisait faillite en guise de canular du 1er avril; la plaisanterie est tombée à plat.

    Sale temps pour la Silicon Valley, donc. Les géants de la tech font face à des épreuves diverses, mais un thème central se dégage: quel que soit le cas de figure, ces entreprises ont –implicitement ou explicitement– considéré la mort de leurs utilisateurs comme un prix à payer acceptable pour innover rapidement et dominer le marché.

    Facebook est devenu le réseau social le plus populaire de la planète, et l’une de ses firmes les plus importantes. Il y est parvenu en façonnant un fil d’actualité et un service publicitaire qui s’appuient sur nos centres d’intérêts, nos préjugés, nos failles et nos obsessions. Les dirigeants de la société –Zuckerberg compris– pensaient sans doute sincèrement que le fait de «connecter les gens» était une noble tâche. Mais le message de Bosworth a fait éclater une vérité toute autre: connecter les gens –c’est-à-dire, attirer toujours plus d’utilisateurs et les amener à passer de plus en plus de temps sur Facebook– constitue de toute évidence un impératif commercial.

    Source : slate.fr

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